‹ Mutisme et surdité ou influence de la surdité native sur les facultés physiques, intellectuelles et moralesChapitre 106 sur 200 · PARTIE ». — CHAPITRE I · texte numérisé non relu

PARTIE ». — CHAPITRE I

prenais pas l’anglais; maisnous trouvâmes dansle langage des signes un moyen'facile-de communication ; et nos entretiens, qui portèrent sur toutes les questions et tous les objets qui avaient rapport à notre enseignement spécial, durèrent longtemps, sans que nous éprouvassions la moindre difficulté pour nous comprendre mutuellement.

Enfin, ce qui prouve que la mimique est bien réellement révélée par la nature, c’est que, l’année dernière encore, quatre chefs arabes, qui avaient été invités à venir à Paris, visitèrent l’école; l’un d’eux, après avoir vu les sourds-muets faire des signes, saisit avec la rapidité de l’éclair l’esprit de leur langage , et bientôt il se livra avec eux à une pantomime des plus expressives. «11 comprenait les élèves et il en était parfaitement compris ; et il excita au plus haut degré leur admiration et leur intérêt en leur représentant, toujours à l’aide du langage mimique , un cavalier arabe se disposant à partir pour le combat.

Que faut-il de plus pour prouver que ce n’est pas à l’homme, mais à Dieu que le sourd-muet est redevable des moyens de communication qui lui appartiennent? S’il est vrai qu’un sourd-muet deviendrait parlant s’il entendait, il n’est pas moins incontestable qu’en devenant sourds, avant un certain âge, nous ferions des signes comme lui, et les mêmes que

ceux dont il se sert, et que nous ne serions nullement embarrassés pour exprimer toutes nos pensées. On peut tout figurer par les gestes, dit l’abbé de l’Épée, comme on peint tout par des couleurs.

Nous pourrions multiplier ici les citations de faits qui ne permettraient pas de révoquer en doute l’unité du langage des signes. Son universalité n’est pas plus facile à contester. Prenez un sourd-muet dans un pays quelconque ; quel que soit son âge, quelle que soit sa condition , il se fera comprendre h l’aide des mêmes procédés. Il y a quelques mois à peine , je fus appelé dans une petite ville du département de l’Indre, sur les bords de la Creuse, pour servir d’interprète au tribunal auquel on demandait l'interdiction d’une femme de cinquante-cinq ans environ , sourde-muette de naissance , et qui toute sa vie avait gardé les moutons dans une obscure vallée du Berry. Jamais elle n’avait vu d’autres sourdsmuets, et son intelligence était très peu développée : cependant nous nous mîmes bientôt en relation, et elle répondit, autant que l’état de ses facultés mentales le lui permit, à toutes les questions que je fus chargé de lui transmettre. Un de ses neveux, jeune homme d’un esprit assez vif, conversait aussi avec elle d’une manière parfaite , et il n’était aucun de leurs signes qui ne fût pour moi parfaitement intelligible,

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