‹ Mutisme et surdité ou influence de la surdité native sur les facultés physiques, intellectuelles et moralesChapitre 117 sur 200 · PARTIE H. — CHAPITRE · texte numérisé non relu

PARTIE H. — CHAPITRE

nent de la nature ? Disons donc, pour terminer sur ce sujet, avec l’abbé Sicard, que si la langue des signes n’était pas naturelle au sourd-muet, on ne saurait comment s’y prendre pour entrer en communication d’idées avec lui. « L’âme de l’instituteur, dit-il, et celle de l’élève trouveraient un obstacle invincible à cette communication matérielle. Une barrière insurmontable les tiendrait séparés à jamais, comme le sont l’homme et la brute. En vain l’instituteur inventerait des signes; désavoués par la nature, qui ne les aurait pas dictés, ces signes ne seraient, pour le sourd-muet, que vaine grimace (1).... »

Pour être bon professeur de sourds-muets, il ne suffit pas, comme nous le verrons plus tard, de connaître le langage des signes ; mais il est évident que l’homme le plus savant serait incapable de donner cet enseignement avec succès, s’il ne la possédait pas d’une manière parfaite : or, trois conditions me paraissent essentielles pour en acquérir la connaissance. Il faut être doué d’un talent particulier d’observation , avoir une grande vivacité corporelle, et sentir vivement les impressions des objets extérieurs ; car, ici plus que partout ailleurs, il est vrai de dire que cela seul que l’on conçoit

fl} Sicard, Cours d’instruction d’un sourd-muet , page 141,

bien s’énonce clairement : aussi, la facilité de la gesticulation est dans le sourd-muet en raison directe de son intelligence et de son activité physique ; et si tous ceux que la surdité a atteints en bas âge se servent du même langage pour exprimer leurs idées, il en est, parmi eux, qui se distinguent par une plus grande facilité de mouvements, qui savent donner plus de grâce à leurs gestes, plus d’expression à leur physionomie : il y a dans leur langage plus d’éclat et de poésie, s’il m’est permis de m’exprimer ainsi ; rendues par eux, les pensées les plus ordinaires grandissent et empruntent à la beauté, à l’énergie des formes, un attrait dont on n’aurait pas soupçonné l’existence. La société des sourdsmuets a donc ses orateurs, comme nous avons les nôtres, et elle leur accorde une admiration d’autant plus vive, qu’ils lui révèlent toute la puissance d’un langage qui ne manque pas de détracteurs.

Notre langue est donc pour eux une langue étrangère , et elle leur présente pour l’apprendre des difficultés d’autant plus grandes, qu’elle n’a, ni dans sa construction ni dans son allure, aucune analogie avec la leur, qui suit presque toujours l’ordre analytique de la pensée ; ils ont donc bien plus de peine dans cette étude que les étrangers, qui, en général, la parlent d’une manière si incorrecte. Nous leur reprochons toutefois, non sans beaucoup

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