PARTIE H. — CHAPITRE I
des doigts. Beaucoup de personnes, parmi celles qui dans le monde ont la prétention de connaître l’enseignement des sourds-muets, mais qui seraient embarrassées s’il fallait qu’elles expliquassent à ces pauvres enfants la valeur d'une des plus simples expressions de notre langue , se servent à tout propos de cette expression, qui aun relief scientifique, sansen comprendre le sens. Qu’est-ce, en effet, que la dactylologie ? Est-ce une langue ? Assurément non, puisqu’elle ne représente que des caractères écrits, isolés, détachés les uns des autres. C’est donc purement et simplement une méthode d’épellation. Au lieu d’écrire la lettre A sur le papier, on la représente par une position convenue de la main , position à laquelle on a cherché à donner le plus possible la forme de la lettre qu’il s’agit de figureer. Il y a ainsi vingt-quatre positions convenues, à l’aide desquelles on imite plus ou moins fidèlement les vingtquatre lettres de l’alphabet ; la dactylologie n’est donc pas autre chose qu’un alphabet ; et comme elle ne peut représenter que les signes graphiques qui sont les éléments de la langue écrite, elle n’a, dès le début de l’enseignement, aucune espèce d’utilité , à moins qu’on ne s’en serve pour vérifier si le sourdmuet s’est rendu compte de tous les caractères qui entrent dans ta formation des mots dont se compose sa leçon. C’est alors un exercice de mémoire ortho-
graphique, exercice d’autant moins nécessaire, à notre avis, que le sourd-muet, en apprenant les mots , les voit dans leur ensemble et non avec leur diverses parties ; il les distingue les uns des autres par la contexture particulière qui résulte des éléments divers qui en font partie : aussi, la suppression d’un seul des traits dont un mot est formé, fait qu’il ne le reconnaît plus, et qu’il en demande la signification.
Il n’est pas sans inconvénients d’ailleurs, dès le principe, de leur faire perdre de vue le principal but de l’enseignement qui leur est donné, et qui consiste à associer très exactement le mot à i’idée qu’il représente, pour les obliger ensuite à décomposer ce mot ; on force ainsi leur attention à se fatiguer sur des choses d’une importance très contestable, et que l’écriture supplée d’une manière d’ailleurs fort satisfaisante.
Quoi qu’il en soit, beaucoup d’instituteurs font encore usage de ce procédé, dont les avantages très problématiques ne nous paraissent pas compenser à beaucoup près les inconvénients. Le mal toutefois ne serait pas grand , si on se bornait à lui attribuer le rôle fort secondaire dont nous venons de parler. Mise au rang de simple procédé, si la dactylologie n’était pas encore complètement à sa place, elle ne donnerait plus lieu du moins à, tant d’erreurs gros-