‹ Mutisme et surdité ou influence de la surdité native sur les facultés physiques, intellectuelles et moralesChapitre 121 sur 200 · PARTIE IL — CHAPITRE I · texte numérisé non relu

PARTIE IL — CHAPITRE I

sières et de faux raisonnements. Mais il y a des personnes qui vont beaucoup plus loin encore, et qui lui accordent la puissance et toute l’efficacité d’une langue. Quelques unes d’abord l’ont confondue avec le langage des signes mimiques, et, répétant alors, sans connaissance de cause, les éloges mérités qu’elles avaient entendu donner à ce dernier mode de communication, elles ont propagé sans le vouloir un préjugé ridicule. Il y a du moins de la bonne foi dans leur croyance ; mais que dire de ceux qui ont prétendu et soutiennent encore qu’il est réellement possible, à l’aide de la dactylologie seule, d’instruire les sourds-muets , en un mot, de leur enseigner une langue parlée quelconque ? « En considérant la méthode de messieurs les dactylologistes, disait l’abbé de l’Épée, il me semble qu’ils se conduisent comme un maître qu’on chargerait d’apprendre l’allemand, le plus tôt qu’il lui serait possible, à un jeune Français , et qui mettrait entre les mains de son disciple une méthode allemande écrite en allemand, au lieu de lui en donner une écrite en français (1).» Un exemple seul suffira pour mieux faire comprendre ce judicieux raisonnement. Supposez que vous vouliez enseigner au sourd-muet le nom d’une chose qui est hors de sa vue, et dont il faut, par conséquent,

(1) L’abbé de l’Épée, Institution des sourds et muets par la voie des signes méthodiques. p. 36.

réveiller l’idée dans son esprit, celle de lion, par exemple ; vous donnerez à votre main successivement les quatre positions qui représentent, d’après la convention établie, les quatre lettres dont ce mot se compose, comme si vous disiez L, I, O, N; quand ces lettres ainsi dictées, non par la bouche, mais par la main, auront été écrites, demandez à votre élève ce qu’elles signifient. Non seulement il n’aura pas appris la valeur du mot, mais fine verra pas même ce mot, il ne verra que quatre caractères séparés. Si en dictant de la sorte vous faites volontairement une faute, vous corrigera-t-il? Non, assurément ; car il faudrait pour cela qu’il connût parfaitement la langue que vous avez la prétention de lui enseigner. Quand même vous continueriez et vous répéteriez indéfiniment cette épellation manuelle , jamais l’idée ne viendra se rattacher aux mots ; et ce ne sera toujours qu’àl’aide du langage des signes que l’élève pourra apprendre qu’il y a, dans une combinaison donnée de ces caractères isolés, la dénomination d’une chose ou d’une personne. Il serait donc tout-à-fait impossible d’enseigner à l’aide de la dactylologie autre chose que des lettres, des mots et des phrases sans signification ; car, de même que récriture, elle ne peut êjre comprise que de ceux qui connaissent parfaitement la langue qu’elle représente à l’aide de formes fugitives.

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