PARTIE II. — CHAPITRE I
Le langage des signes idéologiques est donc indispensable pour donner à la dactylologie de la valeur, tandis que la dactylologie ne peut être, dès le principe, d’aucun secours pour les signes, dont elle n’augmente ni la force ni la précision. Qu’importe, en effet, que le sourd-muet écrive les mots à l’aide d’une fastidieuse méthode d’épellation manuelle, dont les signes d’ailleurs sont parfaitement distincts, ou qu’il les copie tels qu’ils sont écrits sous ses yeux? Le dernier système a certainement l’avantage de l’économie du temps, et favorise bien plus que l’autre la marche de l’esprit humain et le développement de l’intelligence. Nous ne comprenons donc pas pourquoi on met tant d’empressement à enseigner tout d’abord au sourd-muet, qui arrive dans une école, cet exercice manuel, dont il ne peut attendre aucun avantage précieux.
Ce n’est pas assurément que nous regrettions la perte de temps qui peut en résulter; quelques minutes suffisent, en effet, le plus souvent pour que celui qui est intelligent connaisse toutes les positions qu’il est nécessaire de donner à la main. Mais à quoi sert de lui procurer un instrument dont il ne pourra pas se servir? Il faut d’ailleurs auparavant lui apprendre l’alphabet écrit, sans quoi les gestes manuels n’auraient pas même une valeur de convention. Mais alors vous pourrez lui faire épeler des
millions de lettres ; .et bientôt il acquerra, dans cet exercice, une dextérité telle que le mouvement alternatif de ses doigts sera presque aussi rapide que la pensée. Qu’aura gagné l’intelligence à la rapidité de ce mécanisme ? Rien ; ce sera un travail tout matériel qu’une machine montée ad hoc exécuterait, sinon avec la même rapidité, du moins avec la même perfection.
De quelque manière qu’on envisage la question , quelles que soient les théories auxquelles on se livre, il n’est donc pas possible de trouver dans la dactylologie autre chose qu’un simple alphabet ; or, c’est là, à notre avis, un moyen plus incommode qu’utile pour les débuts de l’enseignement, dont il entrave la marche et obscurcit les premières leçons.
Nous sommes sur ce point d’accord avec le plus grand nombre des professeurs de sourds-muets, avec tous ceux surtout qui soumettent à l’épreuve de leur raison toutes les traditions du passé, et qui, au lieu d’être les imitateurs serviles de ceux qui les ont précédés dans la carrière, veulent faire subir à notre art toutes les améliorations qu’il est en droit d’attendre de la marche du temps et des progrès de l’intelligence humaine.
Est-ce à dire toutefois que la dactylologie soit, dans tous les cas, un instrument sans portée, une