‹ Mutisme et surdité ou influence de la surdité native sur les facultés physiques, intellectuelles et moralesChapitre 123 sur 200 · PARTIE IL — CHAPITRE L · texte numérisé non relu

PARTIE IL — CHAPITRE L

création sans but? Non assurément ; elle a un rôle important à remplir, soit dans l’enseignement, soit comme moyen de communication, car il est des circonstances où elle remplace très avantageusement l’écriture et complète le langage des signes. Elle devient indispensable dans les rapports mimiques qui s’établissent entre les sourds-muets instruits, pour indiquer avec précision les objets dont ils parlent , et dont ils ne connaissent pas assez les propriétés pour leur donner un signe intelligible. Les personnes surtout, à moins qu’elles ne soient très célèbres ou particulièrement connues des sourds-muets, cas auquel elles ont un signe qui leur est propre, ne peuvent être désignées autrement que par leur nom : or, comment l’écrire dans les rues, sur les promenades, dans tous les lieux publics? On n’a pas toujours en outre à sa disposition une plume ou un crayon. Quels inconvénients ne résulteraient-ils pas d’ailleurs, pour la marche de la conversation, d’une interruption et d’une diversion aussi longtemps prolongées ? La dactylologie supplée à cela d’une manière parfaite ; elle se mêle aux signes, et par elle se trouve aisément remplie une lacune dont l’existence rendrait la position du sourd-muet plus pénible qu’elle ne l’est. Mais là ne se bornent pas les services qu’elle peut rendre : les parlants ne peuvent que très difficilement apprendre le langage des

signes, parce que cette étude demanderait d’assez grands efforts d’esprit et le sacrifice d’un temps assez long ; quelques moments suffisent au contraire pour bien apprendre l’alphabet manuel ; et les personnes du monde, les parents, les amis des sourds-muets peuvent aisément se mettre par là en rapport avec eux. Aussi voit-on journellement dans les Sociétés, dans les lieux publics, des personnes qui causent ainsi avec eux ; il y a même des pays qui, sous ce rapport, sont plus familiarisés que nous avec ce mode artificiel de communication. En Espagne, l’alphabet manuel est connu de tous les enfants, qui s’en font dans les écoles une sorte de télégraphie ; en Amérique, il est rare, dit-on , qu’un sourd-muet ne rencontre pas à chaque instant une personne qui sache la dactylologie. Que d’obligations n’ont-ils pas dès lors à une découverte qui les rapproche à ce point du reste des hommes !

Frappé des immenses avantages que présentait la dactylologie dans les relations ordinaires de la vie, un père de famille, qui s’était lui-même occupé avec succès de l’éducation de son fils sourd-muet, M. Recoing, avait cru, en 1823, pouvoir en décupler les services en créant un syllabaire dactylologique. Il avait, pensé , avec juste raison , que des signes qui représenteraient des syllabes, au lieu de lettres, rendraient les communications bien plus rapides, et

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