PARTIE U. — CHAPITRE I
que ce procédé nouveau favoriserait au plus haut degré l’intelligence du sourd-muet. L’attention d’ailleurs aurait besoin d’être moins soutenue et le regard moins pénétrant pour saisir les diverses parties du mot, dont les divisions seraient ainsi moins nombreuses. C’était, comme on le voit, une sorte de sténographie aérienne dont M. Recoing avait conçu l’idée. Il adopta pour les consonnes une classification particulière; dix mouvements des doigts servirent à les représenter, et le pouce devait exprimer les voyelles ; enfin le répertoire tout entier se composa d’abord de cinq cents signes convenus, ayant entre eux des rapports qui laissaient entrevoir dans leur composition une certaine conformité. Mais tous les avantages que présente la dactylologie résultent de son extrême simplicité, et il y avait dans le système de M. Recoing une trop grande complication pouxpouvoir la remplacer avec avantage ; il ne tarda pas à le comprendre, et à l’aide de quelques modifications assez heureuses, il réduisit à soixante-treize le nombre de ses signes. Mais tout cela encore était arbitraire et long à, apprendre. Il fallait pour en acquérir la connaissance se mettre à l’étude, être doué de l’aptitude nécessaire pour bien comprendre ce nouveau mécanisme et en faire des applications. M. Recoing d’ailleurs avait été obligé de ne pas observer l’ordre syllabique ordinaire; il aurait
donc fallu connaître aussi les règles qui avaient servi de base aux nouvelles combinaisons qu’il avait adoptées. Mais combien n’y avait pas là encore de raisons pour qu’il ne réussît pas ! Le seul système de signes syllabiques qui fût possible consisterait à donner à chaque syllabe de la langue écrite un signe à part. Mais comment donner à tant de signes une forme bien distincte ; comment surtout s’en servir sans confusion ? Ce serait là une véritable écriture chinoise avec ses caractères innombrables. Rien de tout cela ne peut donc être mis à la place de la dactylologie. Sa simplicité fait seule sa force; et si on y ajoutait quelque chose, elle cesserait d’avoir pour l’homme du monde de l’attrait; et le sourd-muet, condamné dès lors à ne plus se servir que de l’écriture, dont l’usage est si incommode, et des signes idéologiques, que l’on ne comprend pas communément, se verrait bientôt réduit à une solitude de plus en plus désespérante.
Le dessin offre au sourd-muet un troisième mode de communication. Il est surtout d’un puissant secours pour son éducation ; il vient en aide au langage mimique, dont les descriptions trop fugitives et souvent incomplètes peuvent faire naître dans l’esprit des idées fausses. Les gestes d’ailleurs ne sont pour le monde matériel qu’un dessin, et ils n’ont jamais la clarté et surtout la fixité d’une es-