PARTIE IF. — CHAPITRE I
tampe parfaitement faite, qui reste sous les yeux de l’élève, et lui présente un objet avec toutes ses qualités extérieures, ses formes et ses couleurs. L’idée qu’elle réveille ou fait naître est donc de la plus parfaite exactitude, et il n’est pas possible que le mot écrit qui l’exprime n’ait pas dans son esprit une valeur parfaitement définie. Le signe lui-même, fait ainsi en présence de l’objet, ne peut donner lieu à aucune méprise. Si, au début de l’enseignement, il s’agit de donner la qualification écrite d’un objet qu’on n’a pas sous les yeux et que le sourd-muet n’a jamais vu , ce n’est pas l’écriture seule qui en révélera l’idée, ce ne sera pas le signe non plus, puisque le signe n’est encore qu’un moyen de rappel; et si le dessin n’apporte pas au professeur son concours, il sera évidemment dans l’impossibilité de se faire comprendre de son élève à l’aide des autres moyens de démonstration ; car, en supposant que le langage des signes puisse décrire assez régulièrement l’objet pour en faire naître dans l’esprit une idée à peu près juste, il est évident que la connaissance n’en sera jamais aussi parfaite qu’elle le serait à l’aide du dessin. Or, une des choses les plus essentielles dans l’enseignement, c’est que l’accord soit complet entre l’élève et le maître, et qu’ils ne fassent pas un pas en avant sans connaître le terrain qu’ils laissent derrière eux. S’il arrivait, en effet, que
l’explication donnée fût insuffisante, il pourrait se faire que le maître parlât d’une chose, tandis qu’un faux souvenir éveillé dans l’esprit de l’élève fixerait son attention involontairement sur une autre ; le signe alors, qu’il fût écrit ou gesticulé , recevrait une fausse application, et le mot, le signe et l’idée, tout serait faux : ce serait là une triple erreur bien difficile à détruire. Mieux vaut, en effet, une intelligence neuve, qui n’a jamais été exercée, que celle qui, mal dirigée , a conçu des idées fausses. Or, rien ne favorise plus ce funeste penchant que le langage des signes par sa perfection même ; car le sourd-muet, alors même qu’il ne comprend pas, ne manque presque jamais d’affirmer qu’il a saisi votre pensée, et sa physionomie prend un air d’assurance qui ne peut que vous confirmer dans cette croyance. Le dessin, en l’absence de l’objet, est donc dès le principe, où il importe de ne rien laisser dans le vague, un excellent moyen de vérification.
Si, en imitant avec perfection le signe que vous aurez fait, l’élève paraît avoir conçu l’idée qu’il représente, et si l’objet peut être trouvé autour de vous, dites-lui de le chercher et de vous le montrer; mais si, au contraire, il est impossible de le trouver dans le lieu où vous êtes, remettez-lui le crayon et ordonnez-lui d’en tracer comme il le pourra les formes et les contours, ou bien dessinez vous-même