PARTIE II. — CHAPITRE L
un objet semblable, ayant avec celui que vous voulez faire connaître d’assez grandes analogies ; vous verrez alors très souvent que, quoiqu’il imite vos gestes d’une manière parfaite, il n’a pas la moindre idée de l’objet que vous vouliez lui enseigner. Le dessin est dès lors tout à la fois un excellent moyen d’enseignement et une contre-épreuve très bonne du geste.
Dès le début, il importe d’en faire un fréquent usage, parce que les signes sont quelquefois assez vagues , et qu’il n’existe pas d’ailleurs encore une entente parfaite entre l’élève et le maître.
Ce n’est pas, du reste, que nous fassions du dessin le premier moyen de communication ; une assez longue expérience et la parfaite connaissance que nous avons dû acquérir des dispositions du sourd-muet nous ont permis de penser qu’il n’est nullement ^nécessaire de se livrer à toutes les opérations par lesquelles les instituteurs en général croient devoir, en commençant l’éducation d’un sourd-muet, lui faire connaître la valeur du signe et du mot. Le sourd-muet est ordinairement doué d’une grande pénétration ; s’il n’a jamais écrit, il a voulu écrire, comme tous les petits enfants ; et non seulement il sait que la parole nous est utile pour nous transmettre nos pensées, mais aussi que l’écriture atteint le même but. Le dessin n’est
donc pas d’un secours aussi indispensable qu’on le pense communément ; les premières leçons peuvent très bien être données sans son aide ; mais il est très utile, nous le répétons, pour donner au signe plus de précision, et surtout pour rappeler au sourdmuet le souvenir fidèle, complet, des objets qui ne sont pas sous ses yeux.
Il n’est pas, d’ailleurs, exact de soutenir que le dessin, qu’on présente d’abord comme une sorte de langage naturel, soit limité aux seuls objets physiques. M. Bebian , dont les idées sur ce point n’étaientpas toujours d’une parfaite justesse, en afait une application plus étendue. Avec le dessin il a aussi expliqué la théorie des pronoms personnels. Le P. Vanin n’avait-il pas aussi commencé avec des images l’éducation de deux sourdes-muettes, auxquelles l’humanité est en quelque sorte redevable de la précieuse découverte de l’abbé de l’Épée ? Prenez une petite gravure parfaitement exécutée , représentant plusieurs personnes ; il y aura là non seulement des formes détachées, mais aussi un fait, une action, et aussi bien qu’un autre, le sourdmuet se rendra compte des détails de la scène qui s’accomplira pour ainsi dire sous ses yeux. S’il s’agit d’un crime, les gestes d’indignation qu’il fera en vous en désignant l’auteur, la compassion qu’il manifestera pour la victime, la satisfaction , enfin,