‹ Mutisme et surdité ou influence de la surdité native sur les facultés physiques, intellectuelles et moralesChapitre 127 sur 200 · PARTIE II. — CHAPITRE I · texte numérisé non relu

PARTIE II. — CHAPITRE I

gui éclatera dans sa physionomie, si bientôt il est témoin de la punition du coupable, ne vous permettront pas de douter qu’il n’ait parfaitement compris la matérialité et la moralité du fait.

11 a donc, comme nous, une infinité d’idées ; il sait distinguer le bien et le mal, et si vous écrivez le mot méchant en montrant celui qui a fait une méchante action, non seulement le mot sera appris, mais il représentera dans son esprit une idée exacte, et il exprimera un sentiment vrai et profondément senti. Au lieu d’une petite gravure, prenez un grand tableau ; mettez l’élève en présence d’une de ces magnifiques toiles de nos musées, d’un de ces chefs-d’œuvre qui nous présentent en traits de feu quelque grand drame historique ; examinez ensuite le regard de votre élève, suivez attentivement les mouvements de sa physionomie, et vous verrez si chaque personnage qu’il regardera ne produira pas en lui une impression particulière et bien caractérisée. La force des couleurs ajoute, en effet, à l’expression générale du dessin et frappe davantage son imagination.

Le dessin n’est donc pas un moyen de communication bien essentiel ni bien commode, mais il facilite au plus haut degré le développement de l’intelligence, favorise l’acquisition des idées et forme le cœur ; car c’est moins à l’esprit qu’à l’âme

que s’adressent ses fécondantes inspirations : aussi, est-ce avec plaisir que nous avens vu dans plusieurs écoles une collection remarquable de petits dessins et de petites gravures. Dans tous les établissements de ce genre, il faudrait que les murailles, tapissées d’estampes choisies avec goût et méthodiquement disposées, attirassent sans cesse l’attention des élèves : combien la tâche du professeur alors deviendrait facile, combien surtout le sourd-muet marcherait rapidement dans la carrière qui serait ainsi ouverte devant lui ! Observateur par position, stimulé d’ailleurs par le besoin de connaître plutôt que par le désir de s’instruire, il ne laisserait échapper aucun des plus petits détails de ces compositions artistiques. Il apprend la géographie avec facilité, parce qu’elle offre dans les cartes des formes saisissables; pourquoi n’apprendrait-il pas de même l’histoire, l’histoire naturelle, la morale et tant d’autres choses encore qu’il est si difficile de lui expliquer assez complètement? Son esprit et son cœur surtout profiteraient largement de ces tableaux de mœurs, dont les scènes variées présenteraient sans cesse à son imagination le châtiment du crime et la glorification de la vertu.

Il existe enfin un dernier moyen d’instruction sur la valeur duquel tous les instituteurs sontd’accord,c’est l’écriture ; peut-être ne lui accorde-t-on pas partout

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