PARTIE II. — CHAPITRE I
toute l’importance qu’elle doit avoir ; car cette importance doit s’accroître à mesure que l’enseignement se développe. Nous examinerons aussi plus tard s’il convient de lui donner une influence prépondérante ; mais nous devons reconnaître, quant à présent, que là est le lien qui existe entre le sourd-muet et le parlant; que c’est par l’écriture seule que peuvent s’établir les règles grammaticales ; et que dès lors ce serait en vain que l’on s’efforcerait de communiquer, sans son aide, le mécanisme de nos langues au sourdmuet. Elleest, en effet, plus indispensable pour cette étude que la mimique pour le développement de l’intelligence ; car celle-ci peut être suppléée jusqu’à un certain point, tandis que rien ne peut remplacer l’écriture: pour celui qui n’entend pas, si elle n’était pas écrite, la langue n’existerait pas.
Nous convenons donc sans peine que l’écriture est la base de l’enseignement, comme le prétendent les écoles qui excluent l’usage du langage des gestes ; mais il ne nous est pas possible d’admettre avec elles, que parce que nos langues parlées peuvent être présentées sous des formes visibles, le sourdmuet doit pouvoir les apprendre sans avoir besoin d’une autre langue intermédiaire. Placez, en effet, un élève français en présence d’un maître anglais, ne connaissant pas la langue de son élève, qui ne connaît pas la sienne, et qui veut l’apprendre;
croyez-vous qu’il lui soitjamaispossibledelui enseigner la valeur d’une seule expression sans un moyen de traduction quelconque ? La langue anglaise a cependant aussi des formes matérielles, mais évidemment cela ne suffit pas ; il faut, pour qu’ils puissent se mettre en rapport, un langage commun écrit ou gesticulé. Aussi, ne comprenons-nous pas la persistance que mettent les partisans exclusifs de l’articulation à nier l’emploi qu’ils font dans leur enseignement du langage d’action. Si, comme ils l’affirment, ils obtiennent quelques résultats, c’est qu’évidemment ils se servent des signes dans leurs relations avec leurs élèves ; sans cela il n’y aurait pas entre eux d’entente possible.
On cite à chaque instant l’exemple de la mère , qui est le premier instituteur de son enfant, et qui lui communique, dès le plus bas âge, les premières notions du langage parlé ; or, il n’existe pas, dit-on, entre eux de langue intermédiaire. Cet exemple est vraiment mal choisi, car il est la condamnation la plus péremptoire de tout autre système que de celui des gestes. Longtemps avant de pouvoir articuler , l’enfant a été mis présence des objets qu’il nomme les premiers, et toujours la mère les lui met sous les yeux, ou les lui montre du doigt, en lui en disant le nom. Aussi l’enfant n’attache-t-il d’idées aux mots qu’il prononce qu’autant qu’ils lui ont