PARTIE II. — CHAPITRE L
été répétés plusieurs fois en vue des choses dont ils sont l’expression. Les deux premiers mots qui sortent de la bouche des petits enfants, parce que matériellement ce sont les plus faciles à articuler, et qu’en outre ils représentent les deux personnes qu’ils connaissent le mieux , sont papa et maman. D’abord ils donnent ces noms à tous les hommes et à toutes les femmes; mais ils n’appellent pas les hommes maman et les femmes papa; et si ces expressions deviennent ainsi générales dans leur esprit, c’est que la perception n’a pas encore été suffisante ; mais bientôt l’entendement se fortifie, et l’enfant de tarde pas à donner chacune de ces qualifications exclusivement aux personnes auxquelles elles appartiennent. Il en est de même de tous les mots qui lui sont enseignés : il les répète machinalement , sans y attacher d’idée , comme une sorte d’écho, ou bien il les applique aux choses auxquelles il en a vu faire l’application par d’autres ; mais dans ce dernier cas il ne se trompe pas : le mot couteau représente bien pour lui un couteau, et le mot chapeau un chapeau.
Le langage des signes, comme nous l’avons déjà dit, n’est que la description , aussi exacte que possible , des objets : il les remplace , en quelque sorte. Toutes les fois donc que les objets sont présents, ils n’ont pas besoin d'être suppléés ; on peut
écrire ou prononcer leur nom ; mais ce nom encore ne sera réellement compris qu’à l’aide d’un signe indicateur qui fasse connaître à l’élève l’objet qu’il s’agit de nommer. Les mots ne sont, en effet, que des signes de convention, et ne peuvent faire naître les idées par eux-mêmes; ils ne réveiï.ent dans l’esprit que celles qu’on est convenu d’attacher à chacun d’eux. Si une expression vient pour la première fois frapper votre attention, c’est en vain que vous examinerez sa forme matérielle pour en apprendre la signification. Il faudra qu’une personne déjà initiée à cette connaissance vous l’explique à l’aide d’un autre mot ayant, dans une langue qui vous est commune, la même valeur ; et si par hasard il arrivait que vous ne comprissiez pas le mot intermédiaire emprunté au langage qui vous est connu, ces deux expressions ne s’interpréteraient pas l’une par l’autre, et vous seriez dans la nécessité, s’il n’était pas possible de se mettre en présence de l'objet lui-même , de vous le faire représenter, soit par le dessin , soit par les signes, soit enfin à l’aide d’explications toujours difficiles en pareil cas, et qui ne font naître dans l’esprit que des idées fort vagues.
L’écriture n’est donc pas et ne peut pas être un moyen d’instruction, dès le début de l’enseignement donné aux sourds-muets ; mais elle est le but et l’objet immédiat de cet enseignement.