‹ Mutisme et surdité ou influence de la surdité native sur les facultés physiques, intellectuelles et moralesChapitre 130 sur 200 · PARTIE II. — CHAPITRE I · texte numérisé non relu

PARTIE II. — CHAPITRE I

Le sourd-muet a toujours une certaine quantité d’idées quand il arrive dans les écoles ; beaucoup ont rapport à des objets qu’il est possible de mettre sous sei yeux, mais d’autres ont trait à des choses qui sont éloignées, ou à des faits qui ne peuvent se reproduire. Je suppose qu’on veuille lui rappeler un de ces objets ou un de ces faits ; si on se contente d’écrire le mot, il le copiera très exactement. Il aura alors sous les yeux un assemblage de lettres arrangées d’une certaine façon ; il les verra, mais à coup sûr il sera loin de penser à autre chose ; cela ne lui apprendra absolument rien. Mais si alors, à l’aide des signes ou du dessin, vous lui représentez à l’esprit les formes de l’objet, ou bien, si cela n’était pas possible , son usage et sa destination, le souvenir se réveillera, et bientôt l’élève complétera de lui-même votre description. Ce mot déjà écrit, mis ainsi en regard du dessin, ou écrit en même temps que le signe est fait, deviendra la représentation écrite convenue de ce même fait ou de cet objet, et ce n’est qu’alors que le mot écrit aura pour l’élève une signification.

Puisque l'écriture, n’étant dans la langue que le corps de la pensée , est l’objet de l’enseignement, elle ne peut pas être un moyen d’éducation ; mais elle n’est pas toujours réduite à ce rôle passif, et il arrive un moment où elle doit prendre la place du

dessin, et enlever au langage des signes la prépondérance qu’il avait dans les relations existantes entre les élèves et le maître. De même que lorsque l’enfant parlant possède la connaissance d’un certain nombre de mots ou de phrases, il n’est plus nécessaire, pour lui donner l’idée d’un objet nouveau ou d’une personne inconnue, de lui montrer cet objet ou cette personne, pour que l’association du mot et de la chose se fasse très exactement, parce que les périphrases, les circonlocutions, les explications orales enfin suffisent pour cela ; de même , lorsque le sourd-muet a des expressions les plus usuelles de la langue écrite et des formes grammaticales une certaine connaissance , il devient possible de faire de l’écriture un moyen de démonstration d’autant plus efficace que le langage des gestes ayant une construction souvent bien différente de celle de la langue française, il serait peut-être dangereux de s’en servir trop exclusivement. 11 pourrait, en effet, devenir un obstacle à la parfaite acquisition de la langue, parce que le sourd-muet, trop familiarisé avec les gestes, finit par penser avec son langage, et traduit ensuite d’une manière fort irrégulière ses idées dans la langue qu’il veut apprendre : or, le principal but que tout professeur doit se promettre, c’est d’arriver à le détacher assez complètement de sa langue naturelle, pour laquelle il manifeste une

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