‹ Mutisme et surdité ou influence de la surdité native sur les facultés physiques, intellectuelles et moralesChapitre 13 sur 200 · PARTIE î. — CHAPITRE î · texte numérisé non relu

PARTIE î. — CHAPITRE î

Parmi ces diverses causes, il n’en est aucune qui soit plus souvent citée, dans les bulletins qui contiennent les réponses des parents à l’administration , que la frayeur, et le cas le plus habituel était celle que la présence des alliés avait occasionnée* Il est difficile de s’imaginer combien de pauvres sourds-muets auront eu ainsi à gémir pendant toute leur vie d’un des événements les plus désastreux qu’ait eus à déplorer notre patrie.

Au milieu de cette multiplicité de faits divers indiqués par les parents ét dont beaucoup ne nous paraissent mériter qu’une médiocre attention, il en est un qu’il est bon de citer à causé de sa singularité et pour prouver à quelles idées bizarres des parents s’abandonnent, dans l’impossibilité oh ils sont de découvrir la vérité.

Une femme d'une éducation convenable a prétendu sérieusement qu’elle ne Connaissait d’autre cause à laquelle elle ait pu attribuer la surdité de son enfant, que la forte émotion qu’elle éprouva par suite d’une politesse qu’elle reçut, un mois avant d'accoucher, du roi actuel des Français, qui, à une distribution des prix du collège de Henri IY, lui offrit une chaise qui se trouvait à Côté de lui. Voilà, il faut en convenir, une politesse bien mal adressée! Heureusement pour le prince qu’il n’a pas toujours eu la main aussi malheureuse, et que les nombreux

bienfaits qu’elle a répandus ont toujours porté de meilleurs fruits.

L’influence sympathique joue aussi un très grand rôle dans les documents officiels précités. Beaucoup de mères de famille n’hésitent pas à croire que ce ne soit la vue pénible, pour elles, d’un ou de plusieurs sourds-muets pendant la grossesse, qui ait occasionné l’état d’infirmité de leur enfant. En général, du reste, elles ont toutes une disposition trop facile à attribuer à des causes extérieures le mal qu’elles ne voudraient pas s’imputer.

Il y a, au surplus, dans les maladies invétérées, scrofuleuses, syphilitiques ou autres, qui se transmettent de génération en génération, une explication des cas de surdité plus probable encore que dans les faits accidentels et isolés que nous venons de signaler. On conçoit, en effet, jusqu’à un certain point que ce soit à l’influence funeste d’accidents divers qu’il faille l’attribuer, quand, au milieu d’une nombreuse famille, l’enfant seul dont la mère était enceinte lorsque le fait s’est produit , est frappé d’infirmité. Mais, quand il y en a plusieurs ; quand ils sont placés au milieu des autres dans un ordre qui défie tout calcul et tout raisonnement ; quand il arrive, par exemple, comme dans la famille Luco, eitée par M. Le Bouvier-Desmortiers, que, sur quatorze enfants, ce sont uniquement le

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