‹ Mutisme et surdité ou influence de la surdité native sur les facultés physiques, intellectuelles et moralesChapitre 131 sur 200 · PARTIE 11. — CHAPITRE · texte numérisé non relu

PARTIE 11. — CHAPITRE

prédilection de plus en plus exclusive, pour le forcer à penser dans la nôtre, sans quoi il ne 1’apprendra jamais complètement.

Il y a donc dans l’enseignement deux périodes bien distinctes : la première est celle de l’éducation tout-à-fait élémentaire, pendant laquelle l’écriture est le but de l’enseignement, et ne peut lui donner aucun secours ; la seconde, celle où, les formes de la langue étant enseignées, il s’agit d’en faire de nombreuses applications; l’écriture alors est un moyen de communication dont l’action s’agrandit à mesure que l’instruction de l’élève s’étend. Le langage des signes conserve ou plutôt reprend alors le rôle qui lui est propre ; il a acquis une grande richesse, et il n’est presque pas d’idées que l’élève et le maître ne puissent ainsi se transmettre sans difficulté. Mais, en s’élevant, il est devenu en quelque sorte moins précis , moins naturel, et il n’est plus aussi propre qu’il l’était pour donner la signification écrite d’un mot ou d’une phrase qui ont dans la langue et dans le vocabulaire connu de l’élève leurs équivalents. Ainsi, plus l’élève a de connaissance, plus le rôle de l’écriture est grand et efficace.

Mais si, d’un autre côté, il faut expliquer un passage , un trait d’histoire à des élèves à demi instruits, ce sera en vain qu’on l’écrira sur le tableau

et qu’on demandera aux élèves d’en faire connaître le sens ; ils ne le pourront pas, parce que s’ils comprennent la plus grande partie des mots pris isolément , ils ne peuvent pas se rendre compte de la valeur des phrases. On multiplierait donc inutilement l’emploi des synonymes et des périphrases ; on ne parviendrait qu’à faire naître dans l’esprit des élèves des idées détachées et confuses. C’est à l’aide du langage des signes qu’il faut traduire ce passage ; et ce langage est alors redevenu ainsi ce que la nature l’a fait, c’est-à dire le représentant le plus fidèle de l’idée.

Chacun de ces deux modes de communication a donc un rôle bien distinct : à l’un appartient le développement de l’intelligence, à l’autre l’explication rigoureuse des expressions nouvelles de la langue écrite ; et ils se prêtent un mutuel concours. Mais pour que l’enseignement ait une marche rapide et toujours satisfaisante, il faut savoir donner à chacun des quatre moyens d’instruction dont nous venons de rechercher les avantages, la part d’influence qui lui revient. Pour observer cette sage limite, il ne suffit pas toujours d’une longue expérience, il faut aussi apporter dans la pratique de l’enseignement un grand esprit d’ordre et beaucoup de logique.

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