CHAPITRE II
MÉTHODES SUIVIES PAR L’ABBÉ DE L’ÉPÉE , L’ABBÉ SICARD ET PAR CEUX QUI I.ES ONT REMPLACÉS ; RAPPORTS qu’il Y A ENTRE ELLES ; AMÉLIORATIONS DONT EST SUSCEPTIBLE LE SYSTÈME D’ÉDUCATION ET D’INSTRUCTION SPÉCIALE DES SOURDS-MUETS.
L’abbé de l’Épée n’avait pas d’abord eu la pensée d’instruire les sourds-muets, de manière qu’ils pussent entrer en communication d’idées avec les autres hommes. Former leur cœur, développer leur intelligence, les initier surtout à la connaissance de Dieu et des vérités que l’Église nous enseigne, tels étaient les objets presque exclusifs de ses efforts. «11 n’est pas nécessaire, disait-il, de parler une langue pour pouvoir la comprendre ; il me suffit que ces enfants me comprennent, pour ne pas m’amuser à leur montrer à me faire connaître leurs pensées (1). »
(1) L’abbé de l’Épée, Institution des sourds et muets par la t :oie des signes méthodiques.
•MUTISME ET SUUDITÉ.
Ce n’est donc qu’une partie de notre tâche qu’il avait entreprise. Mais comment pouvait-il s’assurer que ses élèves avaient compris la valeur des mots qu’ils écrivaient, en quelque sorte mécaniquement, et toujours dans l’ordre des signes? Ne voit-on pas tous les jours des enfants qui écrivent ainsi très régulièrement et avec une apparente facilité des mots qu’ils ne comprennent pas? Il suffit pour cela de se bien mettre d’accord avec eux sur le mot et sur le signe, et la production de l’un fera presque inévitablement paraître l’autre. Mais la connaissance des mots n’est rien, et si le sourd-muet, ainsi élevé, brille par son érudition, à côté de son maître, il est, loin de lui, d’une ignorance profonde. L’abbé Sicard ayant fait à cet égard à son vénérable maître de judicieuses observations , il lui répondit avec cette touchante modestie qui le caractérisait : « J’ai trouvé le verre, vous ferez les lunettes. » Nous verrons, après un rapide examen de son système, si ce célèbre instituteur a toujours mis lui-même en pratique les sages conseils qu’il adressait en termes respectueux à l’abbé de l’Épée.
Quand un homme est assez heureux pour révéler au monde une grande pensée et doter l’humanité d’une découverte précieuse, il serait injuste de lui reprocher de n’avoir pas donné à, son invention tous les perfectionnements désirables : il a fait plus qu’un