‹ Mutisme et surdité ou influence de la surdité native sur les facultés physiques, intellectuelles et moralesChapitre 135 sur 200 · PARTIE IL — CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

PARTIE IL — CHAPITRE IL

Ainsi, désireux d’établir de la manière le plus irréfragable que non seulement l’enseignement des sourds-muets était possible, mais encore qu’il était facile, il écrivait pour convaincre sur ce point, non pas les hommes de mauvaise foi, qu’il appelait les anti-sourds elles anti-muets, mais ceux qui, comme le curé de Paris qu’il cite dans son ouvrage, le plaignaient de bonne foi de s’être voué à une tâche qu’ils croyaient au-dessus des forces humaines. Il ne s’appliquait donc pas à démontrer à l’aide de quels procédés de détail s’établissaient la liaison desmotset la contexture des phrases : aussi ne trouvons-nous nulle part d’indications qui soient relatives au mode d’enseignement des inversions , des pronoms relatifs et des phrases incidentes. Tout cela était, nous le répétons, parfaitement écrit par ses élèves; mais il est difficile de croire que leur intelligence participât en quoi que ce soit à toutes ces opérations. Les réponses qu’ils faisaient aux questions qui leur étaient posées leur avaient été enseignées dans l’ordre de leur construction; jamais ils ne composaient eux-mêmes de petites phrases ; tous les mots avaient pour eux une valeur positive, même ceux qui n’en avaient pas du tout, tels que les conjonctions et toutes les particules qui ne figurent dans nos langues que par pure convention.

Il commençait, du reste, par enseigner les vingt-

quatre lettres de l’alphabet, avec le secours de l’alphabet manuel, et il cherchait en même temps à faire écrire le premier jour le présent du verbe porter , dont il s’est toujours servi comme du point de départ et de la base essentielle de sa méthode, parce que, disait-il, cette manière de procéder donnait à ses élèves un goût décidé pour les leçons.

11 passait ensuite à l’étude des parties principales du corps, qui étaient dessinées sur de petites cartes, et il cherchait à répandre de l’attrait sur cette étude, à l’aide d’un petit bureau typographique composé de la manière suivante : dans chaque case il y avait une douzaine de cartes, et sur chacune d’elles une lettre de l’alphabet, et il habituait les élèves à composer, à l’aide de ces lettres, les mots qui représentaient les dessins dont nous avons parlé.

11 faisait ensuite écrire sur les murailles, avec des compartiments séparés, six cents noms substantifs des plus usuels, puis les infinitifs de six cents verbes; ensuite, dans un autre compartiment, quatre cents adjectifs, et enfin , dans un quatrième, réunis ensemble, les pronoms, les prépositions et les adverbes.

Le maître devait prendre là trente noms pour la première leçon, et ainsi de suite, de telle sorte qu’en un mois la série des noms, verbes et adjectifs était épuisée.

Il faisait en même temps écrire sur un tableau

Page 1