PARTIE 11. — CHAPITRE H
mobile deux déclinaisons de noms substantifs, l’un commençant par une consonne, l’autre par une voyelle aspirée, et puis deux autres du même genre pour les noms substantifs féminins.
Enfin il avait un tableau spécial pour les conjugaisons.
Avec cela on pouvait dicter bien des phrases, disait-il ; et il pensait que les élèves comprendraient sans aucun doute toutes les combinaisons de phrases qui pourraient être faites à l’aide de ces matériaux, parce que, le signe de chacun étant fait, ils choisissaient eux-mêmes ceux qu’il fallait employer, et qui étaient directement exprimés par le signe.
Les leçons du second et du troisième mois devaient être faites et données comme celles du premier , et après ce laps de temps, les élèves devaient connaître la valeur de plus de cinq mille mots. « Comme il restera, disait-il, encore un grand nombre de mots qui sont nécessaires pour l’intelligence de la langue, il faudra faire usage de salles contiguës à celle de l’instruction, ou des vestibules, s’il y en a. Supposé qu’il n’y en ait point, on devra se servir du réfectoire et des autres endroits de la maison oir les sourds et muets peuvent se trouver ensemble ; en un mot, de la cour même et du jardin, si cela est nécessaire pour achever la représentation entière des mots de la langue, et toujours par
ordre alphabétique, parce que c’est le vrai moyen de n’en oublier aucun. »*
L’abbé de l’Épée ne doutait pas qu’à l’aide de ces moyens, et en observant religieusement toutes les indications qu’il avait données dans l’exposition de sa méthode, on ne conduisît l’instruction du sourdmuet jusqu’à une espèce de perfection. C’est ce qui prouve combien grandes sur ce point étaient ses illusions. La rapidité de ses succès l’avait aveuglé sur leurpeu de solidité. N’ayant en vue que d’apprendre aux sourds-muets les vérités de la religion, il ne prenait d’ailleurs d’autre texte pour les instruire que l’histoire de l’Ancien et du Nouveau Testament. Ce texte, disait-il, était plus favorable qu’un autre pour le développement des idées, et les mots dont il se composait pouvaient être très utilement employés pour l’acquisition des autres connaissances naturelles utiles à l’homme. Enfin il était parvenu à prouver aux plus incrédules que les sourds-muets étaient susceptibles d’éducation, et par là il n’avait pas seulement résolu un des problèmes les plus difficiles, mais aussi détruit un préjugé universellement répandu ; gloire lui soit donc rendue, pour tout le bien qu’il a fait à l’humanité ! Il a posé des principes , et il a laissé à ses successeurs le soin d’en développer toutes les conséquences.
L’abbé Sicard, un de ses plus illustres élèves