PARTIE II. — CHAPITRE II
en était 'éducation alors, non pas seulement les expressions collectives, spécifiques, génériques, mais encore la distinction de chose jet A’être , à l’aide de procédés plus propres à jeter le trouble dans les idées qu’à répandre de la clarté sur les premières études ? Comment supposer qu’un enfant, parvenu à l’âge de douze ou quatorze ans, n’a pas déjà saisi la différence qui existe entre les objets qui sont le produit de la nature et les choses fabriquéespar les mains des hommes? Était-il nécessaire d’intercaler les lettres du mot destiné à exprimer la qualité dans celles du nom de l’objet même, pour lui faire comprendre que c’est une qualité inhérente à cette chose, une condition de son être ? Le sourd-muet peut-il voir là autre chose qu’une malheureuse confusion de lettres qui, réunies ensemble, forment un tout dont il ne peut plus connaître la valeur ? Il faut avoir eu du sourd-muet la fâcheuse idée qu’en avait l’abbé Sicard, pour avoir pu douter un instant qu’il sût distinguer l’objet de sa qualité.
S’il était vrai qu’en effet le sourd-muet fût, comme il le disait, une sorte de machine ambulante, dont l’organisation, quant aux effets, est inférieure à celle des animaux, il n’y aurait rien de plus logique que de procéder comme il le faisait. Mais à qui donc persuadera-t-on que, lorsque l’enfant voit un même objet avec des couleurs distinctes, il n’a
pas tout à la fois l’idée de l’objet et celle de sa couleur? Placez sous ses yeux deux agneaux, par exemple , l’un noir et l’autre blanc ; croyezvous qu’il ne saura pas comprendre qu’il y a là, sous deux couleurs distinctes, opposées, un même être? Croyez-vous que la différence de couleur lui fera considérer l’organisation comme n’étant pas la même ? Ce qui prouve qu’il n’en est rien, c’est qu’il appliquera dans les deux cas le même signe à l’objet qui s’offrira à ses yeux sous des couleurs distinctes ; et, s’il s’agit de désigner l’un des deux plus particulièrement, il saura très bien ajouter un second signe qui ne vous permettra pas de prendre le change.
L’idée étant parfaitement nette dans son esprit, il ne s’agit donc que de donner les expressions écrites destinées à la représenter. Écrivez alors le mot agneau , en montrant les deux animaux ; ajoutez d’un côté le mot blanc et de l’autre le mot noir, et après en avoir fait à chacun l’application convenable , cherchez à renverser l’ordre établi en donnant la qualification de ce qui est blanc à ce qui est noir, et vice versâ, et vous verrez alors s’il existe dans son esprit la moindre incertitude sur le sens de ces expressions, et qu’il n’était vraiment pas nécessaire d’avoir recours à des procédés dont nous ne révoquons pas seulement en doute l’efficacité, mais