‹ Mutisme et surdité ou influence de la surdité native sur les facultés physiques, intellectuelles et moralesChapitre 140 sur 200 · PARTIE U. — CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

PARTIE U. — CHAPITRE IL

dont l’usage nous paraît contraire à toutes les inspirations de la raison.

Ce que nous disons de la couleur, nous devons le dire par la même raison des formes et de toutes les qualités des objets placés sous nos yeux : il n’est pas à craindre qu’à l’aide des contrastes, l’élève ne saisisse pas la forme abstraite dont il a l’idée parfaitement nette dans son esprit, mais dont il faut lui apprendre la valeur écrite.

L’abbé de l’Épée avait blâmé la lenteur de cette méthode, et il avait eu raison : l’élève connaît déjà une infinité d’expressions isolées, et il ne sait pas encore une seule des règles grammaticales. On s’est arrêté en quelque sorte à des hors-d’œuvre, on a dépensé beaucoup de savoir et de logique pour raisonner avec un individu dont il faut avant tout former le raisonnement, et qui par suite n’a absolument rien compris aux savantes déductions auxquelles on s’est livré devant lui.

Grâce à ce système, toutefois, les élèves ne comprenaient pas qu’il y eût des mots qui ne représentassent pas une idée ou plutôt une chose matérielle, et c’est pour cela qu’il était, ou qu’il paraissait si difficile d’aborder le verbe , qui n’exprime que des actes. Il fallait cependant bien en acquérir la connaissance , pour que désormais cette prodigieuse quantité de mots qu’ils avaient appris put leur être

de quelque utilité. Déjà, quelque jeune qu’il soit, le sourd-muet a fait des milliers de fois dans sa vie usage de l’affirmation et de la négation ; oui et non lui sont parfaitement connus ; il connaît donc le sens du verbe être, et pour s’en assurer il n’est besoin que d’appliquer à l’agneau blanc le mot noir. 11 vous dira que ce n’est pas exact. Si on rétablit les choses dans leur état naturel, il fera un signe d’assentiment qui se traduira immédiatement par le mot est; et cette application une fois faite et parfaitement comprise, on pourrait en faire de nouvelles sans craindre de sa part la moindre incertitude.

L’abbé Sicard avait donc employé mal à propos à l’étude de la proposition simple beaucoup de temps, tandis qu’il était si facile, comme on vient de le voir, de l’enseigner presque dès le premier jour, sans fatiguer l’attention de l’élève. Mais l’abbé Sicard était pénétré de l’incontestable supériorité de la méthode analytique, et rien n’aurait pu le déterminer à en faire l’abandon. La logique la plus rigoureuse présidait à toutes les opérations de son enseignement ; il procédait en toute chose avec une stricte régularité. Ce n’est pas à lui assurément qu’on aurait jamais pu faire comprendre que parfois un beau désordre est un effet de l’art.

On sait avec quelle vivacité, pleine de convenance dans sa manifestation, il avait critiqué la marche

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