‹ Mutisme et surdité ou influence de la surdité native sur les facultés physiques, intellectuelles et moralesChapitre 141 sur 200 · PARTIE il. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

PARTIE il. — CHAPITRE II

suivie avant lui. Quand, disait-il, tous les mots de la langue eurent leurs correspondants dans les signes, les élèves durent n’avoir aucune peine à écrire les mots pour les signes , et à faire les signes pour les mots. Il condamnait donc d’avance l’emploi de tout système qui tendrait, à l’aide de signes ou de caractères purement conventionnels, à transportera la mémoire les opérations qui étaient du domaine de l’intelligence. A peine cependant ses élèves connaissaient la proposition qu’il se trouva gêné pour donner la valeur du mot, et il imagina de numéroter les mots, et de faire déjà intervenir dans son enseignement l’analyse grammaticale. C’était, à mon avis, accroître la difficulté et non la vaincre : en divisant ainsi l’attention des élèves, il ne pouvait que compromettre sérieusement les premiers succès. Lui était-il donc plus facile de faire comprendre à ses élèves que le mot il tenait lieu du substantif précédent , parce qu’il le marquait d’un n° 1 ? N’étaitil pas bien plus simple et pour le moins aussi expéditif d’écrire une seconde fois le substantif, et,- en y substituant le mot il, de leur faire remarquer que l’usage ne permet pas d’employer deux fois la même expression, et qu’il a été pourvu à cet inconvénient par la création du mot il , qui est générique et ne représente rien par lui-même?

Aussitôt qu’à l’aide de ses procédés et de^ sa théorie

des signes, toujours fort compliqués, l’abbé Sicard eut enseigné ce mot, qui n’a qu’une valeur d’emprunt, il crut pouvoir s’occuper du verbe et de la conjugaison des trois temps absolus ; et, comme il voyait qu’une même chose pouvait être exprimée, soit activement, soit passivement, il enseigna tout à la fois les deux formes à l’aide du même verbe.

De tous les procédés dont nous avons parlé jusqu’à ce moment, celui-ci est le seul qui mérite notre entière approbation , et qu’il nous paraisse utile de conserver. Le principe des contraires est, en effet, le moyen de démonstration le plus infaillible et le plus sûr dans l’enseignement des sourds-muets, et nous croyons qu’il est essentiel de ne jamais négliger les moyens de l’utiliser.

Le genre, les nombres, les articles, avaient été négligés ; mais il n’était pas possible d’aller plus loin sans les faire connaître aux élèves. L’abbé Sicard pensait néanmoins qu’il était préférable de commencer par les pronoms, et il en retarda encore l’étude : il était d’ailleurs sans cesse dominé par le besoin de former son élève, encore si peu instruit, à s’occuper de la généralisation des idées. Frappé, je ne sais pourquoi, de l’indispensable nécessité de lui graver dans l’esprit la théorie à l’aide de laquelle il avait cherché d’abord à établir la différence qui existe entre les êtres et les choses y il y revenait sans

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