PARTIE II. — CHAPITRE H
exprime d’ailleurs si bien par un mouvement des deux mains qui semble dire : Voilà. On ne gagne jamais rien, du reste, à multiplier ainsi les signes de rappel. Plus le nombre en est grand, plus la confusion s’accroît dans l’esprit des élèves: leur intelligence d’ailleurs devient d’autant plus paresseuse qu’ils ont plus de moyens de retrouver les mots dont ils ont besoin.
On ne sait vraiment à quoi s’arrêter au milieu de cette multiplicité d’expédients que l’esprit inventif de l’abbé Sicard imaginait pour démontrer des choses que la plus simple application , judicieusement faite, aurait expliquées plus clairement qu’il ne le faisait. S’agit-il du complément de la phrase passive : c’est dans la terminaison ant qu’il voit le signe de l’activité ; la préposition par l’exprime aussi, et il en conclut qu’on peut traduire l’un par l’autre: or, voici comment il procède, en prenantpour exemple la phrase suivante :
Col est frappé par Baudonnet; il la traduit ainsi :
Col est frappé ; frappant est Baudonnet.
Col est frappé ant est Baudonnet.
Col est frappé ant Baudonnet.
Col est frappé par Baudonnet (1).
Quelles ressources ne faut-il pas avoir dans l’ima-
(i) Sicard , Cours d’instruction d’un sourd-muet , p. 98.
gination pour combiner toutes ces opérations? Etait-il bien essentiel aussi de faire remarquer à l’élève que cette phrase était complexe, et que la dernière partie était le complément de la première? Nous ne sommes plus si ingénieux aujourd’hui ; une simple action faite sous les yeux des élèves nous suffit pour leur faire connaître la préposition par et toutes les prépositions de lieu, d’ordre, d’union, etc. Commes elles sont invariables, la seule difficulté qu’elles puissent présenter provient de ce qu’elles ont quelquefois des significations différentes, ou qu’elles expriment des rapports opposés. Et lorsque nous lui avons donné des signes à l’aide desquels nous pouvons les exprimer, notre enseignement est terminé sur ce point. Toute la différence, comme on le voit, entre les deux systèmes, provient de ce que nous pensons, nous, que ce qu’il y a de plus indispensable pour le sourd-muet, c’est d’acquérir la connaissance pratique de la langue ; les théories viendront plus tard, s’il y a lieu.
Il y a donc entre les deux une séparation immense: non seulement les procédés ne sont pas et ne peuvent pas être les mêmes, mais l’ordre est entièrement opposé. Nous pensons qu’il faut toujours éviter le vague, et que rien n’est plus indispensable pour spécialiser les objets que l’article, que nous enseignons tout d’abord, aussitôt que nos élèves