‹ Mutisme et surdité ou influence de la surdité native sur les facultés physiques, intellectuelles et moralesChapitre 145 sur 200 · PARTIE II. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

PARTIE II. — CHAPITRE II

adverbes qui servent à l’interrogation ; le professeur doit, dans son enseignement, assigner à chacune de ces espèces de mots sa place. Les locutions adverbiales ne peuvent être surtout étudiées que plus tard, lorsque, le mécanisme de la phrase étant parfaitement compris, il s’agira de donner à l’expression régulière de la pensée plus de grâce et de précision.

La phrase interrogative a été, à bon droit, considérée comme étant une des parties des constructions de notre langue qui présentent le plus de difficulté ; c’est moins, du reste, le mécanisme de cette phrase elle-même qui doit occuper le professeur de sourds-muets que le sens qu’elle a et le but qu’elle doit atteindre. Interroger une personne, c’est lui demander la connaissance d’une chose sur laquelle on a de l’incertitude ; la phrase interrogative exprime donc, d’un côté l’ignorance où l’on est d’une chose et le désir de la connaître : c’est la seule chose qu’il soit utile de faire bien comprendre aux sourds-muets; et il ne sera pas ensuite difficile de leur faire sentir la nécessité des transformations que subit la proposition et les règles d’après lesquelles elle a lieu ; mais il faut, dans le double but que l’on se propose, choisir la forme la plus simple, et celle qui s’écarte le moins de la construction directe de la phrase. Je crois donc que rien n’est plus aisé que de mettre l’élève en position d’at-

teindre le résultat qu’on se propose par cette double proposition : Tu es grand, tu es sage. Changez la phrase, et dites: Tu es grand, es-tu sage? Vous direz à votre élève que la transposition du pronom est le signe certain de l’interrogation , et par conséquent du doute dans lequel est la personne qui parle. Par le même procédé, vous vous adressez à l’élève le plus voisin , et au lieu d’écrire : Il est sage, vous construisez la phrase comme la première fois, en changeant lepronom de la manière suivante : Est-il sage ? Il est impossible qu’après plusieurs applications le sens de la proposition interrogative ne soit pas compris : or, nous le répétons, c’est la valeur seule et non le mécanisme qui présente de sérieuses difficultés; l’important est donc de donner une idée exacte de ce qu’on veut exprimer à l’aide de cette forme nouvelle. Il ne sera donc pas nécessaire d’avoir ensuite recours à des procédés plus ou moins métaphysiques, pour que l’élève réussisse dans les diverses applications qu’il fera de la forme interrogative.

Nous persistons à croire d’ailleurs que rien n’était, dans tous les cas, moins propre à dissiper les doutes de l’élève, que l’usage de l’intercalation des lettres du substantif et de l’adjectif, dont l’abbé Sicard croyait devoir se servir ici comme dans presque toutes ses démonstrations ; mais rien ne lui pa-

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