‹ Mutisme et surdité ou influence de la surdité native sur les facultés physiques, intellectuelles et moralesChapitre 146 sur 200 · PARTIE U. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

PARTIE U. — CHAPITRE II

raissait plus merveilleux que d’être ainsi parvenu à rendre sensible l’union si intime de la qualité et du sujet. Son élève voyait-il, lui, ce qu’il y avait d’ingénieux et de rigoureuse vérité dans cet amalgame de lettres appartenant à deux expressions différentes, et qui désormais n’en faisaient plus qu’une, ou plutôt formaient un tout qui n’avait plus aucune signification? Croit-on qu’il était pour lui aussi évident que —P rAoPuIgEeR — faisait papier rouge, comme il est évident pour tout le monde que deux et deux font quatre? Savait-il même alors quel était le but de toutes ces opérations dont on faisait un si fréquent usage ? Il est bien certain qu’il ne pouvait en avoir la plus petite idée, et que s’il parvenait à comprendre le sens et l’utilité de la phrase interrogative , ce n’étaient pas ces procédés qui les lui révélaient. Il faut en dire autant de la fiction à l’aide de laquelle on cherchait à lui persuader qu’au lieu du mot être , c’est le verbe faire qui donne à tous les radicaux leur terminaison. Que signifie pour un enfant, non pas seulement pour celui qui est sourd-muet, mais aussi pour celui qui jouit de tous ses sens, le mot posefaire? Quel rapport a-t-il en réalité avec le verbe poser? Faut-il donc tant d’imagination pour lui donner la véritable acception d’un verbe ? Qu’on fasse une action devant lui qui en exprime parfaitement le sens, et on portera

dans son esprit mille fois plus de clarté. Comment ne pas voir qu’en enseignant aux élèves qu’il faut d’abord écrire je fais écrire pour j’écris , c’est nier cet axiome, qui n’est pas moins indubitable pour les opérations de l’intelligence qu’en physique, que la ligne droite est le plus court chemin d’un lieu à un autre ? Le sourd-muet n’est d’ailleurs que trop disposé à se servir de pareilles locutions, qui sont contraires à toutes les combinaisons grammaticales; et la peine qu’on éprouve pour lui en faire apercevoir les inconvénients montre le danger extrême qu’il y a à les lui enseigner. On procède là comme le ferait un horticulteur qui, voulant rendre un arbre très droit, commencerait par le courber, et lui imprimerait ainsi une direction toute contraire.

Après s’être mis l’esprit à la torture pour trouver des moyens de démonstration tout-à-fait exceptionnels, l’abbé Sicard, à bout d’inventions plus ou moins heureuses , en revient, pour les pronoms, les adjectifs et autres difficultés, au seul mode d’enseignement dont il n’aurait jamais dû se départir , à la pratique. Et ce n’est pas sans une vive satisfaction que nous le voyons forcé enfin de reconnaître que c’est à l’aide des actions seules qu’on peut rendre évident l’emploi des pronoms. Mais, tout en proclamant cette vérité, dont nous avons fait, nous, la base de notre méthode, il

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