‹ Mutisme et surdité ou influence de la surdité native sur les facultés physiques, intellectuelles et moralesChapitre 147 sur 200 · PARTIE IL — CHAPITRE IL 2Uo · texte numérisé non relu

PARTIE IL — CHAPITRE IL 2Uo

ne lui reste pas longtemps fidèle. Persuadé que la métaphysique la plus subtile est l’élément le plus essentiel de son enseignement, il croirait manquer à tous ses devoirs en ne la faisant pas intervenir dans toutes les parties d’une méthode qu’il pensait devoir être entièrement analytique.

Si tous les mots de la langue avaient chacun une acception qui lui fût propre , rien ne serait plus facile que de la faire connaître aux sourdsmuets, et leur éducation ne présenterait que peu ou point de difficultés ; mais il n’en est pas malheureusement ainsi ; nous voyons le, la, les, tantôt articles, tantôt pronoms : ils sont d’abord un des éléments de la proposition simple; mais bientôt ils perdent ce caractère primitif, et nous les voyons servir de lien entre deux phrases et remplacer un mot, comme les pronoms ; et alors ils rentrent, en quelque sorte, dans cette famille de mots à laquelle ils n’appartiennent que par accident, et ils donnent naissance à la phrase incidente, qui présente les plus sérieuses difficultés qu’il y ait dans l’éducation des sourds-muets. Habitués, en effet, à faire des propositions régulières, les élèves se laissent aisément déconcerter par l’apparition d’une phrase nouvelle, qui coupe en deux la première. Le seul moyen de remédier à ce grave inconvénient, c’est de mettre les deux phrases l’une à côté de l’autre dans l’ordre

grammatical de la proposition simple, et de lui faire comprendre qu’en mettant qui à la place de il, et en emboîtant la phrase dans la première, on s’exprime d’une manière plus brève et plus correcte. Il ne faut pas, du reste, lui présenter cette transposition comme une nécessité, parce qu’alors il douterait de l’exactitude de tout ce qu’il sait, mais comme une faculté. Il en résulte qu’au lieu de dire : Un oiseau est joli , il est dans cette cage , on écrit : l’oiseau qui est dans cette cage est joli. Sans cette précaution , l’élève parviendrait peut-être, en multipliant les applications, à se servir convenablement du mot qui ; mais il arrêterait sa phrase à la fin de la première partie, et prouverait ainsi qu’il n’entend absolument rien à l’opération qui a eu lieu’sous ses yeüx.

La conjonction que n’est pas, dans le même cas, plus difficile à expliquer. Placée entre deux verbes, elle est, comme toutes les conjonctions, étrangère au langage naturel du sourd-muet, qui, de même que les enfants parlants en bas âge, n’en fait aucun usage; il dit: Je crois le temps .est beau. Je ne pense pas qu’il existe de moyens plus commodes pour lui en faciliter l’étude que de lui faire conjuguer les verbes avec lesquels il s’associe le plus ordinairement, en ayant soin de l’ajouter après chaque personne ; et pour éviter les inconvé-

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