PARTIE ÏL — CHAPITRE II
nients qui pourraient en résulter par rapport aux autres acceptions du même verbe, il n’y à qu’à y joindre le second verbe avec son complément direct. La nécessité de cet exercice m’a été démontrée par les fautes sans nombre que j’ai vu faire, sur ce sujet, par des élèves qui cependant avaient parfaitement compris le rôle que le que conjonctif doit jouer dans la forme de phrase dont nous nous occupons.
Dans l’éducation des sourds-muets, plus on divise les difficultés, plus on les multiplie, et elles deviennent d’ailleurs ainsi de plus en plus difficiles à vaincre ; il faut éviter surtout avec soin toutes Celles qui se rattachent aux parties du discours qui h’ont pas d’équivalent dans leur langage : tels sont les articles, les conjonctions et la plupart des prépositions. II n’est du reste aucune de ces matières qui leur paraisse plus difficile à appliquer que les articles le, la, les, du, de la, dès, etc. Les derniers participant de la préposition, nous croyons qu’il serait possible, en combinant tous ces éléments divers, de composer une déclinaison qui leur en rendrait l’étude plus facile et l’application infiniment moins incertaine.
S’il est une des parties du discours sur laquelle il soit peu nécessaire de s’appesantir, et dont l’emploi résulte de la manière la plus évidente des applica-
tions les moins multipliées, c’est très certainement l’adverbe. Prenons pour exemple fortement et doucement , qui se font opposition. L’élève connaît déjà la valeur du mot frapper; cette valeur est absolue dans son esprit, elle n’a été encore affectée d’aucune modification. L’élève, toutefois, n'éprouve pas la même sensation lorsqu’il voit l’action exprimée par ce verbe s’accomplissant sous ses yeux , tantôt avec mollesse, tantôt avec violence ; il s’agit donc de donner une qualification exacte à chacune de ces deux impressions qu’il subit. Il n’est besoin là assurément d’aucune abstraction grammaticale ; frappez seulement sur une table, sans trop ni trop peu de force, écrivez le mot ; frappez ensuite avec énergie, et ajoutez le mot fortement au verbe ; répétez avec lenteur et beaucoup moins de force l'action, en écrivant l’adverbe doucement; non seulement l’élève saura très bien la valeur de ces deux expressions, mais il comprendra la nature et les fonctions de l’adverbe, mieux qu’il n’aurait pu le faire à l’aide de toutes les théories les plus savantes. L’abbé Sicard ne l’avait pas pensé ainsi, et toujours de plus en plus asservi à sa méthode analytique , il s’enfoncait dans les profondeurs de la métaphysique la plus obscure. Il faisait subir au mot fortement une décomposition telle, qu’il y trouvait tout à la fois celui de main et celui de manière , et