PARTIE ï. — CHAPITRE I
taire, avait pris naissance chez un peuple qui s’est de tout temps fait une loi d’agir tout autrement ; car non seulement rien de pareil n’existait chez les Juifs, mais il était en quelque sorte tout-à-fait bienséant de rechercher l’alliance de ses proches. Ils n’ont pas même encore abandonné cet antique usage; et si, à cause de la législation des pays qu’ils habitent, il ne leur est pas possible de l’observer aussi strictement qu’ils le faisaient autrefois, il est bien rare d’en voir s’unir avec les familles qui ne soient pas de leur nation. L’on sait qu’ils ne sont pas en général doués d’une constitution très robuste, ni exempts de maladies, et peut-être ne serait-il pas sans raison de prétendre que leurs mariages de famille en sont en partie la cause.
La médecine a, comme la philosophie, adopté dès le principe les vues les plus sages sur ce point ; car on rapporte qu’Hippocrate conseillait d’unir les femmes blondes avec les hommes bruns, les femmes maigres avec les hommes gras. Bernardin de Saint- Pierre, dans ses Études de la Nature, cite aussi de nombreux exemples à l’aide desquels il veut prouver que chaque individu cherche par goût à s’unir à celui qui lui présente le plus de contrastes, et il dit que plus deux individus unis ensemble offrent de contrastes, plus ils ont d’enfants. Ce qui prouve, du reste, que d’heureux assortiments entre ceux qui
2 h MUTISME ET SURDITÉ.
s’unissent par le mariage sont pour les familles un moyen excellent pourprocurer aux enfants une santé robuste, c’est la ressemblance qui existe très souvent entre les enfants et leurs parents ; or, il n’est pas rare de voir ceux qui ont les traits du père participer aussi de sa constitution, contracter de bonne heure les infirmités dont il a souffert, celles surtout qui tiennent au principe sanguin. Il existe ainsi plusieurs générations dans lesquelles se manifeste d’une manière régulière la même situation anormale. La surdité native cependant ne nous paraît pas rentrer dans cette catégorie, parce qu’elle est bien rarement le résultat d’une disposition générale du tempérament , et qu’elle tient presque toujours à des causes intérieures ou accidentelles. Nous croyons toutefois devoir rappeler ici un fait singulier qui semblerait contredire cette opinion. II est cité par M. leBouvier-Desmortiers,qui en certifie l’exactitude, et nous avouons qu’il ne faut rien moins que son affirmation pour y ajouter foi. Il a connu, dit-il, une famille de chats angoras dont la mère était blanche et sourde, et dont le père, qui entendait, était blanc et noir. Tous les petits qui naissaient blancs étaient sourds comme la mère, ceux qui ressemblaient au père ne l’étaient pas.
Ceci nous amène naturellement à l’examen de la question la plus grave de toutes, celle qui préoc-