‹ Mutisme et surdité ou influence de la surdité native sur les facultés physiques, intellectuelles et moralesChapitre 150 sur 200 · PABTIE II — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

PABTIE II — CHAPITRE II

ces procédés est très restreint ; mais il y a des écoles et des professeurs qui croiraient encore manquer au plus saint de leurs devoirs en ne les adoptant pas presque exclusivement. Tout le monde sait, il est vrai, excepté eux, le tort immense que cela fait à leur enseignement.

L’étude du verbe présente d’assez grandes difficultés , parce que, ainsi que nous l’avons déjà dit, le sourd-muet ne connaît que les trois temps absolus ; il n’y a dans son langage ni temps relatifs ni temps composés ; lé présent, le passé et le futur, voilà quelles sont ses connaissances en fait de verbe.

Nous pensons qu’il peut être dès lors d’une grande utilité de n’enseigner d’abord que les trois parties de la conjugaison qui se rapportent à ces notions ; mais il n’est pas nécessaire d’ajourner ensuite indéfiniment l’étude des temps et des modes qui restent à apprendre. Nous considérons surtout comme contraire à toute espèce de raison de les enseigner séparément; c’est là, en effet, un exercice de mémoire qu’il est peut-être dangereux et dans tous les cas tout-à-fait inutile de séparer en plusieurs parties. Lorsque le sourd-muet connaîtra bien les formes et les désinences de chacun, il ne s’agira plus, pour lui en apprendre la valeur, que de faire des applications aussi multipliées et aussi variées que possible.

Il est à remarquer que lorsqu’on avait adopté pour base de la méthode d’enseignement la nomenclature méthodique, par une contradiction singulière , on avait disséminé les diverses parties du verbe, de telle sorte qu’après's’être donné beaucoup de peine, on était obligé de finir par où l’on aurait dù commencer, c’est-à-dire qu’après avoir étudié le verbe en détail, on était dans la nécessité de l’apprendre dans son ensemble. L’abbé Sicard, qui tenait tant à recueillir d’abord des matériaux pour faciliter le développement de l’intelligence, qui croyait que sans nomenclature il n’y avait pas d’enseignement possible, aurait dù le comprendre comme nous. Cette pensée toutefois lui était venue ; mais il l’avait promptement repoussée, dominé qu’il était par l’idée que ce n’est pas par la conjugaison qu’une mère de famille commence l’éducation de son enfant ; et en rejetant cette étude tout entière à une époque fort reculée, il croyait bien se conformer aux mêmes principes qu’elle, comme si la mère qui instruit son enfant ne prononçait devant lui que des mots. Il est bien vrai qu’elle ne lui fait pas conjuguer de verbes ; mais il n’est aucun des temps ou des modes dont elle ne fasse et ne fasse faire à son jeune élève des applications réitérées ; et à peine les petits enfants balbutient quelques mots, que leur vocabulaire présente l’assemblage de mots

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