‹ Mutisme et surdité ou influence de la surdité native sur les facultés physiques, intellectuelles et moralesChapitre 154 sur 200 · PARTIE II. - CHAPITRE U · texte numérisé non relu

PARTIE II. - CHAPITRE U

mier passé, second passé, et ainsi de suite, Qu’importe au sourd-muet également que, parmi ces temps, les uns soient simples, d’autres composés, d’autres plus composés encore ? Leurs noms même ne doivent l’intéresser en rien, et si on les lui apprend , c’est parce que ce qui abonde ne nuit pas, et parce qu’ils facilitent l’étude de la conjugaison, et les applications que nous sommes obligés de faire de chacune de ses parties. Pour que l’élève ne se trompe pas, il nous suffit qu’il apprenne parfaitement, par la pratique, la relation de tous les temps entre eux, et nous regardons comme inutile de lui en enseigner la nature. Nous croyons, d’ailleurs, pour nous servir d’une expression de l’abbé Sicard lui-même, que tous les pas que l’on ferait sur ce terrain seraient marqués par autant de chutes.

Nous ne sommes pas obligés d’aller chercher bien loin la justification de ce système : l’abbé Sicard nous la fournit lui-même, et il constate, de la manière la plus positive, les mécomptes auxquels il s’est exposé pour n’avoir pas voulu suivre purement et simplement la voie tracée par la nature. Il se croyait déjà fort avancé ; son élève, après tant de déductions scientifiques, ne devait pas ignorer la théorie grammaticale de la langue. Ce fut donc avec une entière sécurité qu’il lui fit faire l’analyse d’une période. Or, voici comment l’abbé Sicard

rend compte du résultat de cette opération , qui, matériellement, avait été faite de la manière la plus régulière. « Je m’étais flatté qu’il entendrait le sens de toutes ces propositions ; il n’en avait compris que le mécanisme. Le sens de presque aucun mot n’avait été saisi. Ah ! me dis-je alors, qu’il y a loin pour un sourd-muet de la théorie grammaticale des phrases à celle de ces mêmes phrases, et qu’ils s’abusent ceux qui dictent des mots à ces infortunés , et qui croient qu’ils les comprennent, parce qu’ils savent les écrire, et qu’ils ont appris à en faire les signes (1)!.... »

L’abbé Sicard n’a pas fait autre chose jusque là qu’enseigner des mots isolés ; il a laissé ignorer à son élève le monde moral ; il s’est livré à des sophistiqueries inintelligibles, non seulement pour un enfant placé dans les conditions de son élève, mais pour toute personne quelque instruite qu’elle puisse être. Que pouvait-il attendre d’une pareille méthode? Il a bien raison de dire que ceux qui n’enseignent que des mots sont bien coupables; et c’est pour cela que nous pensons qu’il est essentiel de débarrasser l’enseignement des obstacles qui résultent de l’étude d’une nomenclature trop étendue : plus elle est méthodique , plus son emploi est

(1) Sicard, Cours d’instruction d’un sourd-muet, pag. 336.

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