‹ Mutisme et surdité ou influence de la surdité native sur les facultés physiques, intellectuelles et moralesChapitre 155 sur 200 · PARTIE II. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

PARTIE II. — CHAPITRE II

funeste. Si l’on veut récolter, il faut savoir semer à propos. Aussi ne sommes-nous pas plus disposé à approuver le système à l’aide duquel on voudrait assigner à chaque expression de la langue un signe correspondant, comme le faisait l’abbé de l’Épée, par suite d’une erreur involontaire, car ce serait altérer la pureté du langage des gestes ; mais nous pensons qu’il est inutile, et qu’il serait dangereux de chercher à lui donner plus de précision ou de fixité, à l’aide de la théorie des chiffres, ou de tout autre procédé de cette nature, parce que tous les moyens de démonstration qu’on a imaginés, au lieu de simplifier la méthode, n’ont fait que multiplier les difficultés ; et non seulement on n’est pas parvenu àse passer, même provisoirement, des procédés les plus usuels , mais on en a rendu l’emploi excessivement difficile. Il n’est, d’ailleurs, aucun moyen de communication qui soit plus à la portée du sourdmuet que celui qui le met d’une manière directe en rapport avec les objets qu’il étudie, qu’il connaît de lui-même, et dont par conséquent il n’est pas nécessaire de lui enseigner la valeur : or, tel est le langage des signes. Tout autre mode de transmission de la pensée n’est qu’un corps de langue artificiel qu’il faut lui apprendre tout d’abord; c’est donc un enseignement préliminaire auquel il faut se livrer, et cela en pure perte.

Nous trouvons dans le manuel deM. Bébian la méthode d’enseignement telle qu’elle était devenue quelques années après la mort de l’abbé Sicard ; elle avait été alors l’objet de très grands perfectionnements ; mais on y voit encore quelques unes des graves erreurs qui, dès le principe, l’avaient rendue d’une application si peu fructueuse. La métaphysique n’est plus dans les choses, elle est dans la grammaire 5 l’ordre dans lequel sont classées les difficultés de renseignement grammatical est loin aussi d’être satisfaisant et parfaitement logique. Nous voyons enseigner dès le début des choses qu’il serait sans inconvénient d’ajourner, telles que la numération, et séparer des choses qui devraient être réunies. Il y a donc en réalité peu d’ordre, il n’y a pas surtout de gradation entre les difficultés qu’il s’agit de classer de la manière la plus méthodique et la plus régulière, si on veut les enseigner avec fruit.

Ce travail, qui se distingue d’ailleurs par des qualités incontestables, laisse donc beaucoup à désirer. L’influence de l’école à laquelle M. Bébian s’est formé y domine partout. Ce qui est complet n’est assurément pas dépourvu de mérite ; mais il y a bien peu de chose qui le soit en réalité : le point de départ n’y est pas indiqué ; on ne nous dit pas comment s’établit entre l’élève et le maître l’accord tacite en vertu duquel le premier se rend compte de ses rela-

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