‹ Mutisme et surdité ou influence de la surdité native sur les facultés physiques, intellectuelles et moralesChapitre 157 sur 200 · PARTIE ü. - CHAPITRE H · texte numérisé non relu

PARTIE ü. - CHAPITRE H

présentez, en effet, ce temps comme étant déter • miné plus particulièrement par demain répété plusieurs fois, ce qui ne fera certainement pas naître dans l’esprit de votre élève la pensée que vous avez voulu y provoquer, il est à craindre que le futur ne soit, à ses yeux, applicable qu’à cette partie du temps à venir. Demain, répété aussi souvent que vous le voudrez, ne lui fera pas concevoir que le délai est indéfini ; il ne verra que le même mot ayant une valeur déterminée, répété souvent ; et non seulement il ne saura pas pourquoi il en est ainsi, mais il pourra fort bien arriver qu’il n’ait plus, sur la signification de ce mot, une idée aussi juste qu’il l’avait eue d’abord.

M. Bébian paraît du reste attacher un grand prix à ce mode de démonstration ; car il en fait de fréquentes applications. On ne peut nier au surplus qu’il n’y ait dans cette manière de procéder beaucoup de logique ; mais il faut dire aussi qu’elle n’est pas de mise dans le cas qui nous occupe. Ces procédés seraient merveilleusement inventés pour l’éducation des enfants parlants ; ils sont presque dangereux pour celui du sourd-muet. Il comprendra très bien que deux et deux font quatre, parce que les deux nombres réunis forment, en effet, une quantité sur laquelle il n’est pas possible de se méprendre ; mais il ne se rendra pas compte avec la même facilité du motif qui fait que deux singuliers valent

un pluriel. Si vous en mettez trois d’ailleurs, de nouveaux doutes naîtront dans son esprit, et il ne comprendra pas pourquoi, puisqu’il faut une dénomination nouvelle pour deux pronoms singuliers, il n’en faudra pas un autre pour trois, et ainsi de suite.

La forme interrogative n’est pas non plus à sa place dans le système de M. Bébian. Vouloir en aborder prématurément les nombreuses difficultés, c’est s’exposer à en créer de nouvelles qu’on ne surmontera qu’avec beaucoup de peine et de temps. Nous pensons, du reste, avec lui qu’il peut être avantageux de commencer par la forme qui, étant simple, a pour résultat de reporter à la fin le pronom personnel, et procède par inversion ; car nous retrouvons là cette règle des contrastes dont nous connaissons toute l’utilité. L’interrogation d’ailleurs s’appliquant à une action présente , l’élève se rend alors bien mieux compte de la valeur de cette formé de phrase. Nous avons, au surplus, donné à cet égard des explications détaillées à propos de la méthode de l’abbé Sicard, et nous ne croyons pasdevoir en ajouter ici de nouvelles.

Le verbe être et le verbe avoir ne viennent-ils pas trop tard aussi après la conjugaison ? Est-il logique d’apprendre aux élèves la conjugaison tout entière, sans en excepter la forme passive, dans laquelle ces verbes sont continuellement mêlés , et de les leur enseigner ensuite? N’est-ce pas finir par où il fau-

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