‹ Mutisme et surdité ou influence de la surdité native sur les facultés physiques, intellectuelles et moralesChapitre 159 sur 200 · PARTIE Ü.— CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

PARTIE Ü.— CHAPITRE IL

parut, il n’existait pour ainsi dire aucune tradition, et le corps enseignant était désorganisé. Tout incomplet qu’il est, il sert encore en ce moment de guide aux professeurs qui n’ont pu puiser dans leur propre expérience des notions plus exactes ; nous croyons toutefois que c’est une œuvre à refaire sur de nouvelles bases. Un manuel d’enseignement devrait, à notre avis, présenter dans l’ordre le plus logique les difficultés de l’enseignement ; à côté de chacune d’elles, devraient se trouver des leçons parfaitement faites, dans lesquelles seraient les applications les plus simples et les mieux raisonnées. Enfin, un texte très court, et dans lequel trouveraient naturellement place beaucoup d’indications puisées dans l’ouvrage de M. Bébian, servirait à faire connaître les meilleurs procédés de l’enseignement spécial des sourds-muets.

Ce travail n’est pas aussi difficile à faire qu’onle pense communément. Nous nous en occuperons un jour peut-être, lorsque, moins jeune et fortifié par une plus longue expérience, il nous sera permis d’espérer que cette œuvre puisse être réellement utile. En attendant, nous ne nous renfermerons pas dans une coupable oisiveté ; car il existe bien d’autres questions, d’une importance moins directe peutêtre pour l’enseignement des sourds-muets, mais dont la solution peut influer sur leur bien-être, qui

provoquent nos méditations. Nous serions donc heureux de pouvoir espérer- que quelques uns des hommes capables qui en grand nombre se livrent à cet enseignement, abandonnant l’oisiveté si pernicieuse dans laquelle ils se tiennent, entreprissent enfin ce travail, dont ils comprennent sans aucun doute , comme nous , toute l’importance; nous serions des premiers à applaudir à leurs efforts avec un sentiment de reconnaissance d’autant plus vif que nous croyons que l’on ne sentira bien toute l’utilité de l’instruction des sourds-muets et tout ce qu’elle peut produire que lorsqu’on en aura ainsi posé la méthode sur des bases solides.

Pendant les premiers temps, il faut donner un signe à chaque mot ; il faut même que les gestes soient placés rigoureusement dans le même ordre que les éléments qui composent les propositions simples ; sans quoi l’élève, en suivant judaïquement l’ordre des signes, ferait des phrases mal construites. Mais hâtons-nous de dire qu’il y aurait le plus grave inconvénient à continuer ainsi, parce que l’élève se contenterait de traduire en langage écrit chaque signe fait en sa présence, et que si toutes les parties du discours n’avaient pas d’expression mimique correspondante, elles ne figureraient pas dans sa traduction. Il faut, d’ailleurs de bonne heure , l’habituer à penser dans notre langue ;

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