‹ Mutisme et surdité ou influence de la surdité native sur les facultés physiques, intellectuelles et moralesChapitre 161 sur 200 · PARTIE II. — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

PARTIE II. — CHAPITRE II

bonheur, amie tendre et affectueuse, qui protège sa faiblesse et le console de son infirmité, et il lui rend tous les sentiments qu’il voit se manifester en elle. Il a pitié des malheureux, il se révolte à la vue d’un acte inique; il possède les notions les plus exactes du juste et de l’injuste, du bien et du mal moral ; mais privé d’un des organes les plus essentiels, il ne peut atteindre, comme nous, et avec la même rapidité, au même degré de perfection sur ce point. Les principes sacrés qui ont été semés dans son cœur se développent plus lentement, parce qu’il est privé d’une des conditions essentielles à l’aide desquelles l’être physique et l’être intellectuel entretiennent des rapports si nécessaires; mais la relation qui doit exister entre eux n’est pas entièrement rompue; elle éprouve un obstacle, une sorte de gêne ; elle s’établit avec moins de facilité, mais elle existe. S’il n’en était pas ainsi, l’individu ne serait pas seulement sourd et muet, il serait idiot, puisqu’il n’existerait plus le moindre concert entre les deux principes qui, combinés, constituent l’homme moral.

Si l’àme du sourd-muet est douée des mêmes facultés que la nôtre, pourquoi donc n’éprouverait - elle pas les mêmes mouvements ? Si, étant moins bien servie par les organes, elle ne peut lui procurer des connaissances aussi étendues,

est-ce une raison pour qu’il n’en ait pas du tout, pour qu’il confonde toutes les notions , qu’il ne sache pas distinguer les êtres entre eux ? 11 est évident que non. Placez à côté d’un sourd-muet un animal, quel que soit son instinct, et demandezlui si cet être organisé peut, comme l’homme, bâtir des maisons, planter des arbres et faire toutes les opérations matérielles que les hommes exécutent ; il répondra sans hésiter que non , parce que, dira-t-il, il n’a pas d’idées. Or, quel estle principe de ces idées qui lui paraissent nécessaires pour accomplir ces actes ? N’est-ce pas l’âme, dont il a compris l’existence? Il n’est nullement nécessaire de lui en donner la définition. Nous devons procéder ici comme lorsqu’il s’agit de la démonstration des règles de la grammaire, par des applications. Nous donnerons successivement la qualification de toutes les facultés qui constituent l’entendement humain , et quand il les aura toutes reconnues et nommées, l’expression qui les résume toutes trouvera naturellement sa place, et sera comprise.

Cet exemple de la comparaison à établir entre les êtres qui peuplent l’univers et l’homme, auquel Dieu a donné une nature si supérieure, nous guide puissamment pour la démonstration de la plus grande et de la plus élevée de toutes les croyances de l’homme, celle de l’existence d’un

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