PARTIE II. - CHAPITRE If
être supérieur par qui tout a été créé et qui gouverne tout. Dieu ! Le sourd-muet a-t-il jamais pensé à cet être suprême ? En a-t-il même soupçonné l’existence? Qui le sait? Nous ne rentrerons pas ici dans l’examen de cette grave question, dont nous nous sommes occupé en traitant de l’état moral du sourd-muet. Il nous suffit de constater avec quelle vive satisfaction il suit tous les développements de cette partie de son éducation , avec quelle ardeur il donne son attention aux raisonnements à l’aide desquels le professeur lui démontre les preuves tirées des merveilles de la nature, là où tout homme, dit Fénélon, peut d’un seul regard découvrir celui qui se peint dans tous les ouvrages.
C’est donc là , et par le procédé le plus simple, que le professeur va prendre son moyen le plus sûr de démonstration. Le sourd-muet connaît parfaitement déjà l’idée de cause et d’effet ; il n’est pas un seul acte qui s’accomplisse sous ses yeux dont il ne cherche à pénétrer la cause, et il saisit non seulement l’acte tel qu’il s’exécute ; mais, à l’aide de cette pénétration merveilleuse et de ce talent d’observation dont la nature l’a doué , talent qui s’est agrandi d’ailleurs par le besoin de connaître et par l’habitude de la comparaison, il voit bientôt les causes déterminantes, le mobile intérieur, ou plutôt les passions qui eu ont été le principe déterminant.
324 AUTISME ET SUlîOITÉ.
D’abord, sans doute, il ne découvre pas toute la vérité; mais peu à peu son jugement se fortifie, et il ne tarde pas a donner des preuves de la justesse de ses aperçus et de l’exactitude de ses raisonnements.
C’est à cette disposition si favorable que l'on doit tout d’abord s’adresser pour faire germer dans son esprit l’idée de la divinité, telle que nous la concevons. Il faut lui montrer un objet matériel, une table par exemple, et lui demander qui l’a faite ; il répond que c’est un menuisier. Si on lui adresse la même question par rapport à la maison qu’il habite, il vous dit que ce sont des maçons. On lui demande alors qui a fait le ciel, la terre, les pierres, et enfin tout ce qui est l’œuvre du créateur, et ne peut évidemment être produit par la main des hommes. Le plus souvent alors il montre le ciel, en levant l’index, ce qui signifie c’est celui qui est en haut, qui réside dans le ciel. Demandez-lui alors s’il veut parler du soleil, il vous répondra énergiquement que non. A cet être suprême qui habite le ciel, nous donnons le nom de Dieu, et le sourd-muet, contemplant pour la première fois ses œuvres immortelles, s’extasie, et reste comme accablé par le sentiment de la grandeur et de la majesté de celui qui règne du haut des cieux sur l’universalité des mondes. Tout alors devient compréhensible pour lui ; son intelli-