‹ Mutisme et surdité ou influence de la surdité native sur les facultés physiques, intellectuelles et moralesChapitre 164 sur 200 · PARTIE IL — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

PARTIE IL — CHAPITRE II

En supposant la durée des études fixée à six années, comme cela a lieu dans les écoles qui, en France , sont sous l’autorité directe du ministre de l’intérieur, la première année serait ainsi tout entière consacrée à l’étude de la proposition simple et directe, avec emploi de toutes les parties du discours, sans toutefois se permettre d’autres inversions que celles qui résultent de l’usage du pronom personnel. La seconde année comprendrait l’étude de la conjugaison tout entière, la distinction et la concordance des temps des verbes, l’emploi des pronoms régimes indirects, des pronoms relatifs, de la phrase incidente et de la phrase interrogative ; enfin, on passerait en revue, autant que possible, toutes les difficultés de premier ordre que présente la langue pour exprimer, dans des termes ordinaires, nos pensées.

Pendant la troisième on se livrerait à des applications aussi variées que possible de tout ce qui aurait été enseigné précédemment : alors plus de leçons pour ainsi dire préparées d’avance, mais beaucoup de dictées et de compositions spontanées, faites par les élèves en présence du maître et avec son aide. Ici, se placerait naturellement encore l’étude plus développée, l’étude complète de l’accord des temps du verbe, les prépositions à et de, qui leur servent de complément à l’infinitif, et enfin toutes

les notions les plus indispensables pour que l’élève connaisse toutes les règles qui régissent la période composée.

Ces trois premières années devraient donc être consacrées exclusivement à l’étude des difficultés grammaticales ; le mécanisme de la phrase devrait être l’objet presque unique de l’enseignement. La méthode proprement dite est là tout entière. Un professeur expérimenté fait preuve alors d’ordre, de logique ; il classe les difficultés que présente son enseignement avec le plus grand soin, ne les laisse jamais entrevoir qu’à demi à ses élèves ; stimule sans cesse leur ardeur ; mêle aux exercices auxquels il se livre avec eux tout le charme possible ; leur présente enfin comme un jeu l’usage des procédés particuliers que réclame son enseignement, procédés qu’il ne peut emprunter à d’autres s’il veut en faire un emploi utile : il faut que les circonstances au milieu desquelles il se trouve placé, les dispositions de ses élèves, et surtout la direction particulière donnée à leur esprit, en déterminent le choix. Ce n’est donc pas chose si facile qu’on pourrait le croire que de diriger cette première partie si essentielle de l’éducation du sourd-muet ; le professeur n’a pas seulement besoin d’activité, de patience ; il faut qu’il ait des éléments principaux de la langue , des règles qui en sont la baseune connaissance

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parfaite ; et encore, si son imagination ne lui fournit pas avec à-propos les ressources nécessaires pour faire passer dans l’esprit de ses élèves ce qu’il sait, il ne peut accomplir sa tâche avec espoir de succès. S’il fatigue l’attention et exige de leur intelligence plus qu’elle ne peut faire, tous ses efforts seront consumés en pure perte. Il lui importe donc de bien connaître l’aptitude de ses élèves, de se rendre un compte très exact de leurs dispositions, et de ne rien abandonner au hasard.

Les études spéciales doivent être commencées à la quatrième année et être continuées pendant les années suivantes ; mais il faut se garder de les multiplier outre mesure. Le texte des livres qu’on met entre les mains des élèves peut être alors très utilement employé pour compléter l’étude de la langue, qu’il ne faut pas perdre de vue. Des questions faites sous toutes les formes donnent lieu à des applications multipliées des formes grammaticales déjà apprises , et mettent l’élève dans la nécessité de se rendre compte des idées que renferme le sujet qu’il a étudié ; son intelligence est ainsi mise constamment en activité. Le professeur s’attache surtout, à partir de ce moment, à étendre le vocabulaire de l’élève à l’aide de la synonymie et des périphrases employées d’abord avec prudence ; il multiplie ses connaissances sur ce point, il le familiarise ainsi

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avec ies tournures les plus usitées de la langue ; les expressions adverbiales, conjonctives et prépositives les plus usuelles, et sans lesquelles il estpour ainsi dire impossible de lier plusieurs idées ensemble, et les phrases adversatives, provoquent son attention. Les expressions figurées et les abstractions de l’ordre le moins élevé viennent ensuite, et toujours, c’est avec le texte des leçons, ou par des dictées mimiques, faites alors à l’aide du langage le plus elliptique, que le professeur marche du connu à l’inconnu.

Arrivé à ce point, l’élève sait déjà représenter ses idées ; il fait de petites compositions écrites correctement ; parfois les expressions lui manquent, mais il lui est facile de les trouver, et il n’y a pas d’ailleurs le moindre inconvénient à lui faire connaître celles qui lui sont tout-à-fait inconnues. Mais, son attention ayant été jusque là fixée tout entière sur le mécanisme de la phrase et l’étude des difficultés que présente sa composition, il ne sait pas enchaîner ses idées. Il importe donc, pendant la cinquième année, de former son raisonnement, et de lui apprendre à mettre de l’harmonie dans ses pensées. Les mots, il est vrai, ne sont pas absolument indispensables pour penser, mais ils servent à fixer les idées, ils leur donnentun corps ; elles ont par eux une existence matérielle. Celui qui n’aurait ni expressions ni signes pour représenter les conceptions

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