PARTIE H. — CHAPITRE H
de son esprit serait presque incapable de se livrer au moindre raisonnement ; il est donc bien essentiel d’enseigner au sourd-muet les formes du langage à l’aide desquelles les phrases se lient entre elles et peuvent être déduites les unes des autres.
Enfin, la sixième année doit être employée, plus spécialement que les précédentes, à former son cœur et son esprit. 11 faut qu’il achève d’apprendre toutes les connaissances qui lui sont essentielles pour se bien conduire dans le monde. On doit lui inspirer de bons sentiments, lui apprendre les devoirs de l’homme en famille , en société, et les convenances qu'il doit toujours observer. Sous le rapport de l’instruction proprement dite, la sixième année doit être le cours de rhétorique du sourdmuet : il faut qu’il apprenne à se servir d’expressions choisies, à donner à ses pensées une tournure plus gracieuse, en les revêtant de formes plus élevées. On lui enseigne ainsi la différence qui existe entre deux locutions, dont l’une peut être très convenablement employée dans le style ordinaire, dont l’autre ne peut convenir que dans des sujets sérieux : il s’agit donc de former son goût. Il apprend aussi les lois de la politesse, et enfin tout ce qui peut lui être encore nécessaire pour que, sans autre secours que celui du temps, il puisse être pour tous la preuve vivante de la bonté du système auquel il
est redevable de son éducation , et de l’habileté du professeur qui lui aura servi de guide et de soutien.
Vous voilà, me dira-t-on, arrivé au terme de votre entreprise, et vous avez parlé de tout excepté de la grammaire ; vous renoncez donc à la faire apprendre à vos élèves? Non, telle n’est pas notre intention ; mais on remarquera que depuis le premier jour nous n’avons presque pas fait autre chose que de l’enseignement grammatical. Il n’est pas une règle dont les élèves ne sachent faire une judi cieuse application ; celles des participes elles-mêmes, qui, pour les parlants en général, sont réputées très difficiles, sont observées avec une exactitude parfaite. Que faut-il de plus? La plupart de nos élèves appartiennent à des familles pauvres ; ils n’ont aucune carrière ouverte devant eux ; leur infirmité met obstacle à ce qu’ils embrassent des professions dans lesquelles ils auraient besoin d’une instruction d’apparat. Le plus essentiel pour eux est donc de connaître la grammaire pratique. Il y a d’ailleurs, dans l’institution de Paris, un cours supérieur dans lequel sont toujours admis pour trois ans les deux élèves les plus forts de la sixième année. Qu’on leur enseigne là la grammaire, générale, cela se comprend, puisque tel est le but de cette fondation , dont la pensée a été précisément inspirée à M. ltard, son auteur, par la conviction où il était