‹ Mutisme et surdité ou influence de la surdité native sur les facultés physiques, intellectuelles et moralesChapitre 166 sur 200 · PARTIE H - CHAPITRE II · texte numérisé non relu

PARTIE H - CHAPITRE II

que le temps actuellement consacré à l’instruction est insuffisant pour que les élèves les plus intelligents puissent lire intelligiblement et sans fatigue les meilleures productions de notre langue.

Nous disons que c’est avec juste raison que M. Itard a considéré les six années pendant lesquelles dure l'éducation des sourds-muets comme étant insuffisantes, et qu’il a cherché à remédier, dans la proportion de ses ressources, à cet état de choses. Le temps des élèves, en effet, est partagé entre l’éducation proprement dite et l’éducation profession^ nelle. Lorqu’ils sont admis dans nos écoles, ils sont en général âgés tout au plus de dix à douze ans, ils n’ont pas alors un plus grand développement d’intelligence qu’un enfant de sept ou huit ans ; et non seulement la langue française est pour eux une langue étrangère , mais elle leur présente de bien plus grandes difficultés que celles que le jeune collégien rencontre dans l’étude du latin, qu’il ne sait jamais, après y avoir consacré huit, et quelquefois dix années exclusivement. Et l’on voudrait que six années, dont la moitié seulement est employée, par des enfants atteints d’une grave infirmité, à l’étude de la langue française, fussent plus que suffisantes pour qu’ils l’apprissent parfaitement! Ne faut-il pas s’étonner, au contraire, des résultats qu’on obtient en si peu de temps?

L’organisation actuelle de l’enseignement dans l’école de Paris met d’ailleurs un obstacle sérieux à leurs progrès. On voit là en vigueur un système qui a été mis en pratique dans bien des établissements publics d’éducation, et qui partout a été abandonné presque aussitôt : nous voulons parler de ce qu’on est convenu d’appeler le système de rotation, c’est-à-dire que, bien qu’il y ait six professeurs dans l’institution, chacun d’eux reçoit à son tour les élèves qui arrivent dans une même année, et est chargé exclusivement de leur instruction. Ce sont, comme on le voit, six institutions dans une seule. Or, quels résultats peut-on attendre d’un "tel état de choses ? D’abord, s’il se rencontrait dans l’établissement un professeur moins expérimenté , moins capable que ses collègues, moins attentif à ses devoirs, ou qui eût fait choix d’un système moins rationnel, car chacun est libre de prendre pour arriver à un but commun la route qui lui semble la meilleure, et c’est tant pis pour ses élèves s’il se trompe, il en résulterait entre les divers cours l’inégalité de force la plus choquante. Le système de rotation présenterait donc l’anarchie la plus déplorable ; et de plus il est, dans tous les cas, un obstacle invincible à toute espèce de progrès. Le statu quo sur ce point semble cependant être une loi immuable ; tout le monde voit les incon-

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