PARTIE li. — CHAPITRE
vénients de cette situation, telle que nous l’a faite un égoïsme révoltant ; mais personne ne paraît vouloir y porter remède. Les élèves, en entrant dans l’école , ont tous droit à la même éducation, aux mêmes avantages; d’où vient cependant que les uns sont abandonnés sans retour au moins habile des professeurs, pendant que d’autres reçoivent exclusivement les leçons des plus expérimentés? 11 doit en résulter qu’au bout de six années, tandis que les uns ont une instruction convenable, les autres ne savent presque rien, et sortent de l’école avec une situation au moins aussi déplorable que celle qu’ils avaient avant d’y être admis.
Le système de rotation a bien d’autres inconvénients , encore, que celui que nous venons d’indiquer, et que le talent de tous nos collègues et les efforts conscienciex qu’ils font à l’envi détruisent en très grande partie : il met obstacle à toute espèce de perfectionnements, et doit amener facilement dans l’institution la plus déplorable confusion. Bientôt les professeurs n’auront plus le même système; et le langage des signes lui-même sera complètement altéré, l’un s’opiniâtrant à faire faire à ses élèves des signes que l’autre n’adopte pas. D’un autre côté, aucune relation n’existant entre eux, il y a non seulement un désordre complet dans les méthodes, mais chaque professeur qui, au bout de six années,
se retrouve, avec d’autres élèves, au point où il était six ans auparavant, ne se souvient plus de ce qu’il a fait à cette époque, il a perdu le souvenir des bonnes inspirations qui lui étaient venues ; son expérience ne profite en rien à ses élèves, ou bien alors, s’il a conservé ses leçons, il les donne, à heure fixe , à des élèves qui ont des dispositions toutes différentes, ou une éducation moins bien commencée que ceux pour lesquels elles avaient été faites. N’y aurait-il pas la plus cruelle injustice à vouloir que, d’un tel désordre,il pût sortir quelques résultats satisfaisants?
Mais vous n’avez pas de méthode, dit-on, point de système fixe ! et e’est pour cela qu’on s’enfonce de plus en plus dans les ténèbres, qu’on s’éloigne de plus en plus de l’unité ! Donnez à l’enseignement une direction ; établissez entre l’administration et le corps enseignant un fonctionnaire dont l’expérience et le savoir soient pour tous une garantie ; qu’il ait pour mission spéciale la surveillance et la conservation des études ! A côté des cours de langage mimique, qu’on en crée un autre pour la méthode que suivront exclusivement tous les aspirants, et le désordre si grand qui règne dans les idées disparaîtra bientôt ; la marche sera en n régulière , uniforme, et les résultats généraux seront dix fois plus complets qu’ils ne peuvent l’être aujourd’hui.