‹ Mutisme et surdité ou influence de la surdité native sur les facultés physiques, intellectuelles et moralesChapitre 170 sur 200 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

AVANTAGES QUE L’ÉDUCATION PROCURE AU SOURD- MUET ; APTITUDE QU’ELLE LUI DONNE POUR REMPLIR CERTAINS EMPLOIS ; MESURES A PRENDRE POUR LA GÉNÉRALISER ; NÉCESSITÉ DE L’ÉDUCATION PROFES¬ SIONNELLE ; ARTS ET MÉTIERS DANS LESQUELS LE SOURD-MUET RÉUSSIT LE MIEUX.

Avant toute instruction, le sourd-muet, ainsi que nous l’avons dit, ne possédait que des notions très superficielles. N’ayant d’autre guide que sa faible raison , il lui a été bien difficile de transformer ses sensations en idées. La réflexion est donc celle de ses facultés qui a été le moins exercée ; son intelligence ne s’est d’abord développée qu’en proportion de ses besoins ou de ses passions ; et ses besoins étant différents, selon le monde dans lequel il a vécu, c’est ce qui explique, mieux encore que l’inégalité dans les degrés de l’infirmité , la différence qui existe entre deux sourdsmuets du même âge, sous le rapport des connais-

sances acquises. Il y a surtout entre lui et l’enfant parlant une énorme distance qu’il s’agit de faire disparaître ; il faut que, sous le rapport intellectuel, l’éducation en fasse un homme comme tous les autres , et que son infirmité, réduite à son expression la plus simple, ne soit plus qu’un obstacle matériel aux communications orales. Parfois, cependant, elle n’atteint pas complètement ce but, et cependant il ne faudrait pas croire que le temps qui a été consacré à ses études soit pour lui entièrement perdu. Nous n’avons pas seulement pour mission d’enseigner au sourd-muet à s’énoncer correctement dans notre langue ; ses progrès, sous ce rapport , peuvent n’être que fort incomplets, sans que pour cela nos efforts aient été impuissants. « L’addition d’un sens à ceux que nous possédons déjà , supposerait dans le siège de l’âme , dit M. Kératry, une faculté correspondante (1). » S’il en est ainsi, il faut admettre que la suppression d’un des sens que nous possédons, lorsque cette suppression est native, doit entraîner celle d’une des facultés que possèdent les hommes qui ne sont pas incomplets , comme le sourd-muet, et cette faculté est une dé celles qui correspondent directement à l’ouïe. Mais comme il est évident que l’intelligence de l’homme ne se forme

(1) Kératrv, Inductions morales et physiologiques, p. 161.

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