PARTIE II. - CHAPITRE III
pas par un procédé unique, et que la nature nous a pourvus de plusieurs organes, afin que les uns puissent aider les autres et les suppléer au besoin, il en résulte que, sous ce point de vue, et sans se préoccuper de l'instrument à l’aide duquel nous pouvons manifester plus ou moins aisément nos idées, nous avons à restituer au sourd-muet, en donnant aux sens qui lui restent une direction convenable , toutes les perfections dont l’homme ordinaire est redevable à l’absence de toute altération dans son organisation physique.
Il est bien évident que les sens sont les premiers éléments des opérations de notre esprit. La sensation est, en quelque sorte, la source , sinon de toutes nos idées, du moins des premières idées que nous concevons. Les images qui peuplent notre cerveau sont autant de germes de la pensée ; mais ils ne se développent qu’à l’aide de certaines influences que le sourd-muet subit bien rarement. 11 s’agit donc aussi de le placer dans une situation convenable pour que son esprit se fortifie et que sa raison s’éclaire. L’éducation a ainsi une double mission, dont la première partie consiste à former sa raison, et la seconde à lui procurer la connaissance , aussi parfaite que possible, d’une langue à l’aide de laquelle il puisse communiquer ses pensées aux autres hommes. Quand, par suite d’une cause quelconque,
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ce dernier résultat n’est pas possible, ce qui arrive quelquefois , le premier peut toujours être obtenu ; et si le maître le veut, aucun élève ne sortira de son école, excepté ceux qui sont frappés d’idiotisme, sans être parfaitement éclairé sur ses devoirs enversDieu, envers les hommes, envers lui-même. Mais qu’on ne s’imagine pas que tout soit à faire pour arriver à cette situation si avantageuse ; le sourd-muet n’est dépourvu d’idées et de raison que pour ceux qui n’ont pas su l’étudier et le comprendre ; mais pour son maître, il n’est, comme le fait judicieusement observer l’abbé Sicard, ni sourd ni muet.
Peut-être qu'au terme de son instruction, ses connaissances ne se seront pas aussi multipliées ni aussi étendues que celles des jeunes gens de son âge ; mais il saura mieux qu’eux ce qu’il aura appris, parce que toujours il auraraisonné, et que n’étant pas accessible aux communications hasardées des autres personnes, il n’aura pas été le jouet ou la dupe de leurs opinions souvent erronées. Ses principes en morale seront plus sûrs, plus inaltérables ; les qualités de son esprit seront plus solides, et sa conduite, toujours réglée par l’appréciation la plus réfléchie des convenances sociales, sera en tous points conforme à l’équité et à une exquise délicatesse de sentiment du juste et de l’injuste, de ce qui est bien et de ce qui est mal. Ce qui le prouve.