‹ Mutisme et surdité ou influence de la surdité native sur les facultés physiques, intellectuelles et moralesChapitre 176 sur 200 · PARTIE II. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

PARTIE II. — CHAPITRE III

tère les rapports qui doivent exister entre l’élément physique et l’élément moral, dont l’accord est nécessaire pour la génération des idées ; il faut bien reconnaître, disons-nous, que celui-là possède toutes les qualités qui constituent l’être pensant et réfléchi. De ce que le sourd-muet est privé de la faculté d’entendre, il n’en est pas moins doué de la sensibilité, sans laquelle aucune des opérations de lame ne saurait avoir lieu : il acquiert donc des idées, mais comment peut-il les manifester? Il a des signes, mais qui peut les comprendre? Il est donc impénétrable de toutes parts, semblable à un homme qui, d’un rivage inconnu, serait transporté tout-à-coup au milieu de la nation la plus civilisée et qui verrait là mille choses qu’il ne comprendrait pas. Cet homme éprouverait des besoins qu’il lui serait difficile de satisfaire ; il aurait des pensées qu’il ne pourrait manifester : il y aurait entre lui et la société au sein de laquelle il se trouverait un obstacle infranchissable à toute espèce de relations : or, tel est parmi nous le sourd-muet sans instruction.

L’éducation est donc pour ces enfants un grand bienfait ; mais elle n’a pas produit encore pour leur bien-être tout ce qu’ils étaient en droit d’en attendre. Il ne faut pas qu’en les nationalisant parmi nous, pour ainsi dire, par les connaissances qu’on leur procure, on leur ‘asse voir de plus près et plus

distinctement les inconvénients de leut position, et qu’ils soient traités comme des hommes qu’on admettrait à prendre place dans un banquet somptueux , et auxquels on défendrait de toucher à aucun des mets délicats qui seraient étalés sous leurs yeux. L’instruction est un moyen de perfectionnement moral et un instrument pour l’amélioration de la situation physique de l’homme. Sous le premier rapport, le sourd-muet n’a pas à se plaindre. Mais, si chaque individu a toujours en vue la plus grande somme de bonheur possible; si, comme on l’a prétendu , cette pensée ou plutôt cette préoccupation est le principal mobile de ses actions, pourquoi le sourd-muet se montrerait-il satisfait de la position que l’éducation lui^a faite? lisait tout, mais il est exclu de tout; on l’admire, on le plaint, mais on refuse partout ses services. Aussitôt que l’homme est placé en face de son intérêt, tous les sentiments de bienveillance disparaissent, et le calcul je plus froid et le plus inflexible lui démontre que la générosité ne remplit pas sa caisse. Le sourd-muet est donc éconduit par raison ; et lorsqu’il a ainsi essuyé plusieurs refus, lorsqu’il est à bout de moyens, et que sa patience s’épuise avec ses forces, n’est-il pas en droit de maudire la science qui pour lui n’est bonne à rien, si ce n’est toutefois à lui donner de sa position et de son avenir une idée plus triste etplus complète?

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