PARTIE U. — CHAPITRE III
Quelques États de l’Europe ont compris qu’en leur procurant l’éducation la plus solide, la patrie n’avait pas acquitté complètement sa dette envers eux, et qu’il était essentiel de leur assurer des positions dans lesquelles ils pussent utiliser, pour eux et pour la société qui les a adoptés, le résultat de leurs études. Dans le royaume de Hongrie, particulièrement, on leur réserve certaines places qu’on les croit aptes à remplir, et tous ceux qui ont été jusqu’ici pourvus de ces modestes emplois se sont montrés, nous a-t-on dit, parfaitement dignes de cette preuve de bienveillance. C’est là un exemple bon à suivre. Ils ont d’ailleurs pour les diverses opérations qui se rapportent à la comptabilité une aptitude très remarquable. A Paris, quelques uns sont employés dans des maisons de banque, et ils s’acquittent de leurs emplois avec beaucoup d’exactitude et de précision ; l’ancienne administration de la Loterie royale en occupait beaucoup aussi, et elle paraissait faire grand cas des services qu’ils lui rendaient : il y a bon nombre d’autres administrations publiques qui pourraient utiliser de la même manière leurs talents.
Ils ont en général des dispositions très remarquables pour l’art calligraphique, et ils réussissent d’autant mieux dans cette partie de leurs études qu’il ne s’agit que de mettre dans des formes sensibles une sorte d’harmonie : or, le sourd-muet est, par la na-
tare même de son infirmité, porté'à rechercher la beauté et la régularité dans les choses matérielles ; son œil pénétrant lui permet de mesurer avec toute la justesse possible les objets qui frappent son regard, de juger des rapports de chaque partie entre elles et avec leur tout, et de la parfaite convenance de ces rapports ; il aime donc l’ordre, l’élégance et la précision en toutes choses. C’est là une remarquable disposition dont il serait possible de tirer plus de parti qu’on ne le fait dans l’intérêt de son bien-être, en la cultivant avec plus de soin encore. Une faut pas que pour lui la calligraphie soit simplement un art d’agrément ; car il est pauvre, et toutes les parties de son instruction doivent être constamment dirigées vers le même but, qui consiste à lui assurer, autant que possible, au sein de la société une position honorable. Si donc il peut exceller dans cette branche de ses études, il importe de ne rien négliger pour qu’il s’élève au plus haut degré de perfection. Depuis que l’école de Paris possède un maître fort habile dans cette partie, on remarque non seulement plus de régularité dans l’écriture desélèves, mais ils font dans l’étude de la langue des progrès plus rapides. Il ne faut pas perdre de vue en effet que c’est à l’aide de l’intuition que le sourdmuet s’instruit : or, une écriture d’une grande pureté dans les traits dont elle se compose, qui dans son