PARTIE IL — CHAPITRE IL
ensemble présente aux regards un tableau bien symétrique, est pour lui ce qu’est pour l’entendant une parole facile, parfaitement accentuée, et dont chaque ton se produit avec une netteté parfaite.
Il y a là pour l’instruction en général un avantage précieux ; et, à cette occasion, il nous est impossible de passer ici sous silence un fait déplorable , et qui prouve combien le désir d’innover peut être funeste lorsqu’il n’est pas guidé par une grande prudence et surtout par une connaissance parfaite des matières qu’on a sans doute le louable désir de perfectionner. Il y a quelques aimées, le conseil d’administration de l’institution de Paris eut la fatale pensée de supprimer tout-à-coup le maître d’écriture, et jamais peut-être on ne vit dans la marche de l’enseignement moins d’ordre et d’ensemble ; il fallut se hâter de rétablir l’emploi qu’on avait si inconsidérément jugé inutile. Combien de fantaisies, qui n’étaient pas plus rationnelles que celle-là, ont été ainsi trop fréquemment essayées sur les sourds-muets, qui, pendant bien des années, n’ont pas eu moins à souffrir des hallucinations d’une philanthropie mal entendue que des arguties du charlatanisme !
En cultivant avec soin cette remarquable aptitude du sourd-muet, et en y associant l’étude de la tenue des livres, qu’il apprendra d’autant plus faci-
35g MUTISME ET SURDITÉ.
lement que la rectitude de son jugement et l’habitude qu’il a contractée de bonne heure de se livrer, sur toutes choses, à des supputations d’une justesse parfaite, le rendent très habile dans toutes les opérations qui se rapportent au calcul, on lui ouvrirait une carrière dans laquelle il ne pourrait manquer de recueillir de grands avantages. On verrait bientôt des maisons de commerce utiliser leurs talents, et ils seraient d’autant plus recherchés qu’ils montrent pour la tenue des livres des qualités qu’on ne rencontre pas toujours dans les parlants, c’est-àdire une exactitude parfaite, beaucoup d’ordre et un grand attachement à leurs devoirs. L’administration sentirait bientôt aussi qu’en leur confiant dans ses bureaux de modestes emplois qui demandent de la part de celui qui en est chargé du soin, de la propreté et du goût, elle n’accomplirait pas seulement un acte de bienfaisance, que nous croyons, nous, impérieusement obligatoire pour elle, mais qu’au point de vue de ses intérêts, elle ferait une chose d’une utilité incontestable. Comme le Lazare de l’Évangile, ils ne demandent que quelques miettes du grand festin auquel prennent part tant d’hommes qui n’ont pas faim comme eux ; n’y aurait-il pas la plus cruelle injustice à les leur refuser ? Notre siècle, diton, n’est pas seulement une époque de lumière, c’est aussi l’ère des idées philanthropiques; soyons