‹ Mutisme et surdité ou influence de la surdité native sur les facultés physiques, intellectuelles et moralesChapitre 179 sur 200 · PARTIE II. — CHAPITRE IIL · texte numérisé non relu

PARTIE II. — CHAPITRE IIL

donc un peu moins généreux en paroles, et montronsnous plus charitables par les faits ; mettons moins d’ostentation dans les actes qui ont pour but de soulager des grandes infortunes, et soyons plus empressés à faire le bien !

Les vœux que nous formons seront entendus un jour, nous l’espérons, et les sourds-muets ne seront pas toujours réduits à ne compter que sur euxmêmes pour subvenir à leurs besoins. Mais jusqu’à ce que l’on comprenne enfin, comme on l’a déjà fait dans plusieurs pays, que la société doit pourvoir à l’existence de tous ses membres malheureux, il faut bien qu’ils cherchent à se suffire à eux-mêmes, et nous allons voir quelles sont les ressources qui leur restent à cet effet. Si toutes les carrières leur sont fermées, il en est une qui semble du moins s’ouvrir naturellement devant eux, c’est celle de l’enseignement de leurs frères en infirmité. Qui mieux qu’eux, en effet, peut connaître la nature des difficultés que présente l’éducation de leurs semblables, qui sait mieux à l’aide de quels moyens il est possible de les surmonter? N’ont-ils pas été enfants comme eux ? Et puisqu’ils ont parcouru avec succès la route qui, d’un état d’ignorance profonde , les a conduits à une instruction parfaite, est-il possible qu’ils ne soient pas plus que personne aptes à servir de guides à ceux qui veulent marcher sur leurs traces?

360 MUTISME ET SUKUITÉ.

Telle est au moins leur prétention ; et, pendant quelque temps, elle a paru être admise, comme une chose d’une évidence telle qu’elle ne pouvait être susceptible d’aucune contestation. Bientôt cependant l’administration de l’école de Paris, non seulement mit en doute leur aptitude sur ce point, mais elle prit des mesures, dictées sans doute par une louable intention , mais qui n’en étaient pas moins contraires à toute justice, pour exclure de l’enseignement ceux qu’elle y avait admis, et qui avaient, alors comme aujourd’hui, donné des preuves incontestables d’une capacité plus qu’ordinaire.

Avant de prendre à ce sujet un parti décisif, le conseil d’administration, dont l’omnipotence n’avait pas toujours été aussi méticuleuse, s’adressa aux autres écoles pour connaître leur manière de voir par rapport à la coopération des sourds-muets à l’enseignement. La plupart de ces établissements étaient dirigés par des parlants qui attribuaient à la parole orale un rôle important comme moyen de communication, soit qu’ils la regardassent comme le procédé le plus efficace, comme le font un grand nombre des instituteurs d’Allemagne, soit qu’ils en fissent l’objet d’une étude secondaire. Or, pour eux, un sourd-muet, quelque instruit qu’il fût, ne pouvait être chargé de la direction de l’enseignement et devait forcément en être exclu, ou du moins

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