‹ Mutisme et surdité ou influence de la surdité native sur les facultés physiques, intellectuelles et moralesChapitre 181 sur 200 · PARTIE II. - CHAPITRE III · texte numérisé non relu

PARTIE II. - CHAPITRE III

tement comblé. Il est d’ailleurs une infinité de notions que l’homme ne se procure qu’à l’aide des relations auriculaires que le sourd-muet, quoi qu’il fasse, ne possédera jamais comme nous. Or, si un sourd-muet est exclusivement chargé d’en instruire un autre, non seulement il ne pourra lui apprendre ce qu’il ne sait pas bien , mais il ne lui enseignera pas même tout ce qu’il sait ; et au lieu dé se perfectionner, l’enseignement des sourds-muets se restreindra ainsi de génération en génération. Il faut qu’un professeur de sourd-muet forme des élèves à son image : or, l’image d’un sourd-muet ne sera jamais ressemblante à celle d’un parlant.

Les sourds-muets ont en outre une qualité qui présente, dans certains cas, de graves inconvénients. Le langage des signes, dont ils se servent avec beaucoup d’habileté, leur plaît infiniment. Ils l’emploient dans toutes leurs relations entre eux , et plus ils en font usage dans l’enseignement, après les premières années, plus ils rendent difficiles les progrès des élèves. Aussi c’est pendant les débuts de l’instruction que leur intervention est surtout utile; car ils sont, plus que personne, en état de réveiller par des peintures d’une exactitude parfaite les idées dans l’esprit de leurs élèves. Pendant cette première période de l’enseignement, leur participation à l’éducation de leurs semblables est d’une

utilité incontestable ; ils peuvent lui rendre les plus grands services, et il n’y a que les parlants qui sont le plus familiarisés avec le langage des gestes qui puissent se croire leurs égaux dans cette première partie de la tâche commune.

Pour ce qui est de la seconde, il est sans doute possible aux plus capables d’entre eux de s’en acquitter avec succès ; mais comme il ne s’agit plus autant alors d’entrer en communication avec les élèves que de leur donner des expressions choisies et de leur enseigner cette infinie variété de formes et les nuances délicates d’expressions dont l’oreille seule révèle toute la grâce et l’harmonie, ce ne sera pas blesser l’amour-propre des sourds-muets que de dire que la surdité met, quoi qu’ils fassent, obstacle à ce qu’ils puissent égaler complètement les parlants expérimentés sur ce point. A l’impossible nul n’est tenu, et ce serait vouloir une chose matériellement impossible que d’exiger du sourdmuet qu’il sût ce qu’il n’a pu apprendre. 11 possède du reste, en général, toutes les qualités d’un excellent professeur, et il serait, nous le répétons avec conviction, contraire aux véritables intérêts de l’enseignement de l’en éloigner.

11 résulte, toutefois, de ce que nous venons de dire que, si le sourd-muet a une aptitude au moins égale à celle du parlant pour commencer l’éduca-

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