PARTIE II. — CHAPITRE III
secours publics, rendu un décret sur l’organisation des établissements pour les sourds-muets indigents, qui ne reçut pas son entière exécution. On supposait alors que le nombre des sourds-muets était seulement de quatre mille, tandis que l’on juge aujourd’hui, approximativement, qu’il ne s’élève pas à moins de vingt ou vingt-deux mille individus, et la Convention , qui trouvait admirable, au milieu des orages qui de toutes parts grondaient autour d’elle, de montrer au monde, disait son rapporteur , qu’elle savait eneore fonder le culte du l’humanité , avait décrété qu’il serait créé quatre institutions dans lesquelles tous ces infortunés seraient reçus gratuitement. Ce décret était, du reste, il faut le dire, éminemment remarquable par les sages dispositions qu’il renfermait. Le défaut seul d’hommes spéciaux ne permit pas d’ouvrir immédiatement tous les établissements créés , et la marche rapide des événements fit que l’attention des divers gouvernements qui se succédèrent en France ne se reporta plus sur les sourds-muets, dont une bien faible partie seulement fut admise depuis dans les écoles de Paris et de Bordeaux.
En 1838, le rapporteur du budget fit entendre à ce sujet de généreuses paroles, et signala les nombreuses améliorations dont était susceptible cette partie si essentielle du service public. «Tout sem-
ble indiquer, disait-il, que le moment d’assurer le bienfait de l’instruction à la totalité des sourdsmuets de France est enfin arrivé. » Et le rapporteur ajoutait qu’une loi était devenue indispensable, tant pour généraliser l’œuvre de l’abbé de l’Épée que pour assurer à l’école de Paris la haute position qu’elle doit occuper à la tête de cette branche nouvelle de l’enseignement public ; car elle devait, selon lui, prendre de plus en plus le caractère d’école normale, afin qu’elle fût toujours à même de fournir des directeurs aux institutions de province, dont quelques unes sont, il faut le dire, malgré l’exiguïté de leurs ressources, dans une situation prospère , et possèdent à leur tête des hommes d’un incontestable mérite, mais dont beaucoup d’autres sont signalées comme dépourvues de tous les éléments les plus indispensables de prospérité et de . succès.
La pensée d’annexer à l’institution des sourdsmuets de Paris une école normale s’était présentée aussi à l’esprit du rapporteur du comité de secours publics, et nous croyons qu’on nous saura gré de reproduire ici textuellement les considérations si judicieuses par lesquelles il motivait la disposition du décret qui avait pour objet ce complément indispensable de l’organisation de l’enseignement.
« Quand nous aurons pourvu aux premiers besoins,