PARTIE IL — CHAPITRE III
disait-il, il faudra se hâter de préparer de secondes générations qui puissent, en remplaçant les premières , rendre moins amères les pertes que nous ferons successivement. Il faudra donc un centre commun où se réuniront ceux qui se destineront à une profession aussi honorable. Cette école centrale formera une espèce de noviciat, non pas de ceux qu’inventèrent la superstition et l’inutilité, mais de ceux que créèrent l’humanité et le désir d’apprendre à se rendre utile à ses semblables. »
«Et pourquoi l’art de secourir efficacement le sourdmuet serait-il la seule science abandonnée au hasard? La chirurgie, la médecine , n’ont-elles pas leurs écoles primaires ? Chaque profession n’exiget-elle pas un apprentissage? La plus difficile, la moins connue de toutes serait-elle la seule qu’on dédaignât de ne confier qu’à des hommes expérimentés? Partout ne voyons-nous pas imposer à l’homme qui se destine à une profession la nécessité de suivre des cours, où on lui démontre les principes sur lesquels se fonde Part auquel il se consacre? Ce n’est qu’après des études préliminaires, après des cours suivis et des concours qu’il lui est permis de pratiquer. Prenons de nos anciennes institutions tout ce qui est bon et utile, perfectionnons, et gardons-nous bien, pour vouloir tout innover, de nous priver des sages et vieilles leçons de l’expérience... » 2â
Qüè de sagesse et de maturité n’y avait-il pas dans cés réflexions ! En est-il une seule qui ne soit encore aujourd’hui de l’opportunité la plus saisissante ? N'est-il pas remarquable de voir au milieu du débordement de toutes les passions, une voix généreuse s’élever du sein de tout le tumulte excité par la tourmente révolutionnaire, pour proclamer les droits imprescriptibles de l’humanité, et forcer à s’arrêter un instant, par respect pour le malheur, le torrent qui, dans sa marche furibonde, avait entraîné dans l’abîme le trône et les autels?
La situation de l’enseignement prouve en ce moment combien ces idées étaient judicieuses : sur quarante-quatre institutions qui existent en France, et qui toutes sont isolées les unes des autres, il n’y en a pas deux qui suivent exactement la même méthode. Elles ne sont soumises à aucune surveillance supérieure; le gouvernement semble avoir abandonné à leur égard le contrôle qu’il exerce sur tous les grands établissements d’éducation publique. Les écoles de Paris et de Bordeaux, qui seules sont à sa charge, n’ont entre elles aucun rapport, et il y a, non seulement absence d’uniformité dans l’enseignement de l’une par rapport à celui de l’autre, mais, dans leur sein même, les professeurs ne s’accordent pas entre eux sur le mode d’éducation ; la confusion et le doute régnent partout, et l’unité de vues, si dé-