PARTIE II. - CHAPITRE III
sirable lorsqu’il s’agit d’une œuvre aussi importante et aussi difficile , pour laquelle chacun a besoin de compter sur la coopération active de tous, tend de plus en plus à disparaître. Que quelques années encore s’écoulent au milieu de ce désordre moral toujours croissant, et la possibilité d’instruire les sourdsmuets, démontrée par tant de faits incontestables, sera parmi nous remise en question.
Tous les malheureux cependant ont droit aux secours de la société, et ceux que l’humanité réclame pour le sourd-muet ne peuvent être de la même nature que ceux qui ont pour objet le soulagement de misères ou d’infirmités accidentelles et corporelles. La nature les a cruellement maltraités ; le génie de l’homme a découvert le moyen de réparer le tort qu’elle leur a fait ; il s’est en quelque sorte mis à sa place ; ils ont donc tous le droit de profiter de ce grand bienfait: or, les quarante établissements qui existent en France, et dans lesquels le sourd-muet trouve bien rarement ce qui est nécessaire pour assurer son éducation physique et morale, n’ont pour la plupart qu’ une existence précaire, et ne renferment d’ailleurs qu’un tiers à peu près des enfants qui seraient susceptibles de recevoir l’éducation. Les plus pauvres, quand ils ne peuvent être admis dans les écoles de Paris et de Bordeaux, en restent privés, et sont, au milieu de la population des campagnes,
dans un état d’abrutissement et de misère qui afflige profondément les amis de l’humanité.
Rien ne serait plus facile que de remédier à cet état de choses ; car tout le monde , aujourd hui, connaît les moyens les plus efficaces qu il conviendrait d’employer pour cela. La société, en travaillant pour eux, travaillerait d’ailleurs pour elle-même, puisque chaque sourd-muet instruit est pour elle un membre utile de plus. Ce ne sont, d’ailleurs, ni des secours momentanés ni des hospices qu’il faut aux sourdsmuets, car leur corps ne souffre pas; c’est de l’instruction , ce sont les moyens de développer leurs facultés et de mettre à profit, pour eux et pour les autres , les forces physiques et morales qu’ils tiennent de la nature. Nos institutions ne sont pas des établissements de bienfaisance dans le sens qu’on attribue communément à cette expression, pas plus que les écoles primaires, dans lesquelles l’enfant qui jouit de tous ses sens va recevoir les premiers éléments des sciences ; pas plus que les collèges, où les enfants du riche s’initient à toutes les connaissances humaines, et se préparent par l’étude à s’en rendre les dignes dépositaires, pour les transmettre ensuite plus grandes et plus certaines à la génération qui leur succédera.
Les sourds-muets, comme tous les enfants, sont venus au monde pour jouir des avantages que pro-