‹ Mutisme et surdité ou influence de la surdité native sur les facultés physiques, intellectuelles et moralesChapitre 186 sur 200 · PARTIE IL. — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

PARTIE IL. — CHAPITRE III

cure la société; mais elle leur doit, par suite de leur infirmité, plus de bienveillance qu’à tous les autres. Comment se fait-il donc que lorsqu’un vaste système d’enseignement a appelé tous les enfants indistinctement à profiter de l’éducation primaire, seuls ils en aient été exclus, et qu’ils attendent encore un bienfait qui, pour eux surtout, était de la plus rigoureuse nécessité ?

Il existe, nous le savons , des hommes de très bonne foi qui, jugeant des résultats qu’on peut obtenir dans l’éducation des sourds-muets par ceux qu’une situation encore si défectueuse a permis de réaliser, se sont demandé s’il était réellement utile de procurer à ces malheureux enfants de l’instruction , et s’il ne suffirait pas de leur apprendre un métier. Cette pensée, timidement avancée d’abord, n’a pas tardéjà se produire au grand jour, et enfin, elle a fini par acquérir une consistance telle , qu’il devient indispensable d’en démontrer la fausseté, afin qu’elle ne soit pas, parmi nous, un obstacle, au moins momentané, à la réali ation des sages mesures que nous ne cesserons de provoquer pour étendre à tous les sourds-muets les avantages de l’éducation. Nous n’hésitons pas à affirmer d’abord qu’ils sont tous, excepté toutefois ceux qui sont idiots, etil y en a bien peu, susceptibles d’éducation, et qu’ils pourraient, non seulement acquérir des connais-

sances, mais même, ce qui, dans certains cas, est plus difficile, apprendre la langue de manière à communiquer leurs pensées. Dans l’état actuel des choses il n’en est cependant pas ainsi, et pourquoi ? Pourquoi 2 parce que rien n’est convenablement organisé dans cette branche d’éducation ; parce que la méthode n’est pas encore bien arrêtée, et qu’au lieu de travailler à la perfectionner, on aime mieux imputer au sourd-muet des difficultés qui n’ont aucun rapport avec son infirmité p;arce que les études commencent trop tôt et ne durent pas assez longtemps : c’est à peine , en effet, si les élèves les plus intelligents peuvent apprendre d’une manière passable la langue dans les six années consacrées parmi nous à leur éducation, et l’on voudrait que ceux qui ont des dispositions moins favorables arrivassent, dans le même espace de temps, aux mêmes résultats ! Comment ! on n’admettra pas même qu’il y ait parmi eux cette inégalité d’aptitude, cette diversité d’organisation intellectuelle qui partout existe entre les enfants parlants du même âge ! L’éducation de ces derniers est-elle donc complètement terminée quand ils quittent les collèges? leur jugement même est-il bien formé ? et n’est-ce pas d’eux qu’il est vrai de dire que ce sont de grands enfants, jusqu’à ce que le contact habituel avec le monde ait grandi leur raison et achevé l’œuvre qui n’avait été qu’é-

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