‹ Mutisme et surdité ou influence de la surdité native sur les facultés physiques, intellectuelles et moralesChapitre 187 sur 200 · PARTIE IL — CH API TRE III · texte numérisé non relu

PARTIE IL — CH API TRE III

bauchée ? Pour eux, tout dans le monde contribue à étendre les connaissances ; tout aide au perfectionnement de leur éducation. Il n’en est pas de même du sourd-muet ; il faut, au moins pour ce qui est relatif à l’étude de la langue, que tout soit terminé pour ainsi dire au sortir de l’institution, sans quoi il n’aura ni le loisir ni la possibilité de suppléer à ce qui lui manquera. Eh bien, la durée des études n’est certainement pas suffisante pour que les plus intelligents eux-mêmes ne laissent rien à désirer sous ce rapport.

L’âge de leur admission dans les écoles spéciales présente aussi en général d’autres inconvénients très graves. Aussitôt que les parents s’aperçoivent que leur enfant est frappé de surdité, ils font des démarches actives pour obtenir son admission dans une école, craignant qu’il n’y arrive pas assez tôt. Nous avons déjà dit que, sous le rapport de l’énergie des facultés mentales, le sourd-muet de dix ans était tout au plus au niveau d’un enfant parlant de six ans. Si donc il arrive qu’à cet âge il soit placé dans un établissement public, n’est-il pas impossible qu’il saisisse d’une manière parfaite le mécanisme si compliqué d’un langage qui lui est complètement étranger ? Et si les autres sont plus âgés que lui, ils marchent plus vite ; il reste alors en arrière, et son éducation, manquée par la base, devient

d’autant plus difficile que la marche rapide du temps et les nombreuses difficultés que le professeur doit aborder, pour rendre aussi complet que possible son enseignement, ne lui permettent que très rarement de s’occuper spécialement de lui. L’élève arrive ainsi au terme ordinaire des études sans avoir appris autre chose que des fragments de phrases, et des mots isolés, dont il fait un usage presque toujours défectueux. Ceux qui le voient s’exprimer ainsi prononcent une sorte d’anathème contre l’enseignement lui-même, et accusent d’impuissance la découverte si ingénieuse de l’abbé de l’Épée. Le monde entier , il est vrai, proteste contre ce jugement prononcé par des hommes d’ailleurs peu compétents , et pendant que cette philanthropique création se voit en butte à leurs attaques inconsidérées , toutes les nations, d’une extrémité du globe à l’autre, l’accueillent avec empressement, et rendent hommage au génie bienfaisant de son auteur, en ne négligeant rien pour la mettre à profit.

Pour être réellement profitable, l’éducation d’un sourd-muet ne devrait donc, dans les écoles spéciales, être commencée qu’à douze ans, et elle devrait durer huit ans au moins. Plus tard, peut-être, lorsqu’il sera possible d’admettre ces enfants dans les écoles primaires, on pourra, non seulement restreindre leur séjour dans les établissements particu-

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